A Orléans, la culture est sur le pavé

La cure d’austérité budgétaire que vient d’annoncer Serge Grouard pour Orléans est à la fois brutale et dangereuse. Brutale par son ampleur et par ses orientations. Dangereuse, parce qu’elle hypothèque l’avenir de notre ville au profit d’une vision de court terme.

Certes, en ces temps d’argent public rare, il importe de veiller avec la plus grande rigueur à l’utilisation des deniers communaux, et il est logique que la ville revoie son train de vie.

Pour autant, la réduction de 20% des dépenses d’investissement est considérable, et ne manquera pas d’avoir des conséquences économiques locales désastreuses. Elle ne paraît pas justifiée par la situation financière de la ville, qui est satisfaisante. Les rentrées fiscales  sont importantes, avec un niveau d’imposition record, l’augmentation continue du tarif des services publics municipaux, et le récent renchérissement de la taxe sur l’électricité. Le volume d’emprunts est resté bas depuis plus de 20 ans. D’ailleurs, la mairie d’Orléans était prête, il y a encore un an, à dépenser plus de 100 millions d’euros pour une Arena surdimensionnée. Elle n’a pas hésité d’avantage à payer plus de 400 000 euros pour recevoir la cérémonie des Miss France. De l’argent, donc, il y en a, dès lors qu’une volonté politique existe pour le solliciter.

Alors que la seule place du Martroi a coûté 11 millions d’euros, la mairie d’Orléans peut réduire sa voilure en baissant un peu les dépenses sur les rues, les places, les façades. Quant aux grands projets, elle a la faculté d’aller chercher des crédits européens, à condition que ses dossiers soient mieux bouclés que celui de l’Aréna.

L’option retenue est tout autre. C’est celle d’une réduction drastique de budget dont certains secteurs supportent principalement l’effort. Alors que la voirie continuera d’absorber comme chaque année des dizaines de millions d’euros en pavés et en colonnes fleuries, le domaine culturel est, avec le secteur associatif, le seul à devoir mettre la main au porte-monnaie : Astrolabe 2 compromis, festival de jazz menacé, fêtes de Jeanne d’Arc amputées, Orléanoïde rétrogradé en biennale, baisse de 5% des subventions aux associations, tout cela dessine clairement une politique qui fait peu de cas du développement culturel et du renforcement du lien social.

Disons le tout net : les choix opérés aujourd’hui seront lourds d’impacts négatifs pour Orléans demain.

La culture ouvre l’esprit, émancipe les individus, nourrit, enrichit, et pacifie les relations sociales. Sur le plan matériel, elle constitue une source d’emplois au profil diversifié, le plus souvent non délocalisables. Elle représente un formidable levier de développement économique et un atout majeur en termes d’image, de « marketing territorial ». De nombreuses villes l’ont compris (comme Lille, Nantes, Clermont, Lens, Metz, etc.), qui ont fait de la culture un axe majeur de leur croissance et de leur dynamisme. Or, c’est précisément au moment où notre territoire a besoin de projets capables de le mobiliser et de le propulser dans l’avenir que Serge Grouard fait le choix, stratégiquement désastreux, de mettre la culture sous le boisseau. Quelle erreur ! Quel manque de clairvoyance et d’ambition !

Toutes les études s’accordent à voir dans la culture un élément essentiel dans l’attractivité d’une métropole, d’une région ou d’un pays. C’est pourquoi, dans un monde où les villes rivalisent d’ingéniosité pour faire venir les chefs d’entreprise, les créateurs, les artistes, les chercheurs qui inventeront le monde de demain, se priver d’une politique culturelle active c’est commettre une faute lourde et prendre le risque de pénaliser notre ville de façon irrémédiable. Orléans ne peut se permettre de laisser passer une nouvelle fois le train de la modernité !

Le groupe socialiste, vert et apparenté ne s’y résoudra jamais. Il fera sur ce sujet des contrepropositions lors du débat d’orientations budgétaires.

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Une réponse à A Orléans, la culture est sur le pavé

  1. foulon dit :

    1998 : la loi relative à l’exclusion dispose que «l’égal accès pour tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs constitue un objet national. Il permet de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté.»

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