[CP] Cartons rouges pour la droite orléanaise

La création, inédite en France, d’une délégation municipale « à la lutte contre l’immigration clandestine », après avoir suscité un tollé politique et médiatique, vaut à la majorité UMP-UDI d’Orléans un double et sec rappel à la loi.

En premier lieu, c’est la fonction de magistrat de l’ordre administratif de M. Lagarde qui est jugée partiellement incompatible avec l’exercice de sa nouvelle délégation. Dans son avis rendu le 17 avril dernier, le collège de déontologie du conseil d’Etat a en effet approuvé la décision du président du TA de Lyon, où officie M. Lagarde, de le dessaisir de tout le contentieux des étrangers. Il s’agit là d’une préconisation rarissime, voire unique, qui, émanant de la plus haute juridiction administrative française, comporte une autorité considérable et ne manquera pas d’être commenté. Le sens de l’avis est d’autant plus ferme, qu’il est rédigé en termes cinglants, dépourvus de toute ambigüité. Il souligne à quel point les nouvelles fonctions de M. Lagarde sont de nature à insinuer dans l’esprit du justiciable « un doute légitime sur l’impartialité » de la juridiction à laquelle il appartient. Convenons que pour quelqu’un qui, lors du dernier conseil municipal, s’est livré à une pédante leçon de droit à l’attention de notre collègue Dominique Tripet, ce coup de règle sur les doigts est assez savoureux.

En second lieu, deuxième revers, c’est le libellé même de la délégation municipale qui est jugée problématique par le représentant de l’Etat dans la Région, le préfet Bisch, qui rappelle que la lutte contre l’immigration clandestine est l’une des prérogatives régaliennes de l’Etat (au moins depuis François 1er), et qu’en choisissant un tel intitulé, le maire d’Orléans s’est vraisemblablement rendu coupable d’une usurpation de compétence. Là encore, cette référence salutaire aux bons vieux principes de l’Etat de droit ne pourra que réjouir les républicains de tous bords, attachés au respect de la loi et des attributions des collectivités publiques. Même élu au premier tour des élections municipales, le maire d’Orléans ne saurait s’en affranchir. L’onction du suffrage universel n’est pas une licence d’absolutisme.

Avec ces dernières péripéties, nous ne doutons pas que l’appellation de la délégation municipale incriminée sera rapidement revue.

Pour autant, par delà ces aménagements juridiques nécessaires, et ce probable recul de la majorité, nous considérons que l’essentiel du message politique délivré par la municipalité actuelle demeure. C’est un message d’exclusion et de stigmatisation des étrangers en situation irrégulière (rappelons que le M. Lutte contre l’immigration clandestine d’Orléans est rattaché à la délégation de M. Geffroy sur la sécurité), qui contraste fortement avec l’image centriste dont le maire d’Orléans aimait jusqu’alors se parer. Il y a fort à parier que les quelques MoDem de la majorité actuelle qui ont de vraies valeurs centristes ne les retrouveront guère représentées dans ces pénibles gesticulations sécuritaires. Quant au Gaullisme historique, celui qui se revendique d’une « certaine idée de la France » et qui se nourrit de la flamme de la Résistance, il n’a rien à voir avec cette droite dure et fermée qui se donne à voir à Orléans.

Rappelons enfin, que notre ville n’est pas menacée par des hordes de sans papier, que nous ne sommes pas en état d’urgence et que les demandes qui sont traitées en mairie concernent essentiellement les attestations d’accueil, pour un séjour inférieur à trois mois. Elles relèvent donc surtout d’une logique humanitaire, à destination des familles et des proches venus visiter les étrangers résidant en France. La création à Orléans d’une délégation à la lutte contre l’immigration clandestine procède donc bien d’une logique fantasmatique.

Or, il est toujours dangereux de vouloir faire de la politique avec des fantasmes. La municipalité vient de l’apprendre à ses dépens. Espérons qu’elle retiendra la leçon. Si ce n’est pour son propre profit, au moins pour le bien d’Orléans, dont l’image sort durablement ternie par cette lamentable histoire. Orléans, qui est capitale régionale, et non le bastion d’un camp retranché. Et puisque c’est l’époque des fêtes de Jeanne d’Arc, n’oublions pas que notre cité a été délivrée par une jeune lorraine, dont la nationalité française n’a jamais été clairement établie. Pas sur qu’on lui delivrerait aujourd’hui une attestation d’accueil, à cette étrangère inculte.

Corinne Leveleux-Teixeira

Communiqué de presse daté du 24 avril 2014

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Une réponse à [CP] Cartons rouges pour la droite orléanaise

  1. PAPPO Thierry dit :

    Carton rouge aussi pour le Président du Conseil Général du Loiret

    Mineurs isolés et aussi les contrats jeunes majeurs: 100 jeunes en Juin 2014 50%mineurs isolés et 50% contrats jeunes majeurs seront jetés a la rue par la President du Conseil Général du Loiret avec 450€ par mois ce qui lui donne peut être bonne conscience mais ne permet pas a ces jeunes de poursuivre leurs études.
    Soutenons les APJM dans le Loiret.

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