Les enseignements d’un fait divers

La Source            Par delà l’émotion qu’il a légitimement suscitée, l’incident tragique de la semaine dernière, qui a très grièvement blessé un adolescent de 15 ans et mis une partie du quartier de La Source sous haute tension doit être, pour les décideurs publics comme pour les commentateurs de la vie sociale, une source de réflexions et d’enseignements.

            En premier lieu, la violence et la soudaineté de l’événement témoignent de ce que, en matière de sécurité publique, rien n’est jamais acquis. Elles soulignent également que sur ce sujet, l’humilité et la modestie des autorités politiques sont les seules attitudes responsables et républicaines à avoir.

           De ce point de vue, l’apparente simplicité des données statistiques qu’on nous assène régulièrement comme autant d’arguments imparables, ne rend pas compte de la complexité des situations vécues et de la réalité du terrain, la seule que connaissant les habitants.

           Ainsi, la montée des tensions à La Source avait été évoquée, à plusieurs reprises, par des associations de quartier et des conseillers municipaux d’opposition sourciens, attentifs aux alertes que leur transmettaient leurs concitoyens inquiets. De même, l’exaspération des incivilités et la montée de l’insécurité sont apparues clairement dans les discussions menées en porte à porte ou sur les marchés dans le cadre de « la Consultation ». Ces multiples témoignages recueillis ici ou là doivent donc inciter à la prudence mais surtout à l’opiniâtreté dans l’effort et au déploiement d’une police républicaine de proximité, attentive à prévenir les situations à risques.

           D’autre part, le fait que les évènements de la semaine dernière se soient déroulés à La Source ne peut manquer de nous interpeler, au moment où l’on célèbre l’achèvement du GPV.

           Certes, l’ensemble des habitants et des acteurs politiques et sociaux ont salué la qualité du travail accompli, sous l’égide de l’ANRU (Agence National pour la Rénovation Urbaine). Certes, tous se félicitent de la revalorisation des espaces publics, de l’aménagement d’équipements collectifs, de la résidentialisation des immeubles. Mais beaucoup soulignent également tout ce qu’il reste à faire dans des domaines moins spectaculaires, mais tout aussi essentiels. Ainsi, quel est le bilan du GPV en matière de lutte contre la précarité ? En matière d’accès à l’emploi des jeunes (par exemple avec les emplois d’avenir, que la mairie d’Orléans refuse de mettre en place) ? En matière de qualification professionnelle ? En matière d’animation culturelle et sociale ? De prévention ? D’éducation spécialisée ?

           Face à ces manques, que ne peut combler l’installation de nouvelles caméras de vidéo-surveillance, les habitants et les associations de la Source ont toujours réclamé un Grand Projet de Vie, plus qu’un Grand Projet de Ville. Il est grand temps de les écouter enfin !

           Car faute d’un investissement massif dans les domaines social, économique, éducatif, culturel, le cadre rénové de La Source ne fera pas oublier longtemps la dégradation de la situation des plus fragiles et le durcissement des relations sociales pour tous. Parce que le vivre ensemble ne se limite pas à la réfection des immeubles, parce que l’humain doit toujours précéder l’urbain, parce qu’une ville ce sont d’abord des personnes, il est urgent d’agir, en gardant à l’esprit cette belle phrase de Rabelais : « Je ne bâtis que pierres vives. Ce sont hommes ».

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