Fêter Jeanne d’Arc autour de l’esprit de résistance

Mercredi, nous célèbrerons le 8 mai. En Europe, cette date marque la fin de la Seconde guerre mondiale et la victoire sur la barbarie nazie. A Orléans, la journée est surtout le temps fort des fêtes de Jeanne d’Arc, la figure la plus marquante de notre cité.

Qu’on le veuille ou non, la petite bergère de Domrémy fait en effet partie intégrante de l’identité d’Orléans. Les fêtes actuelles en constituent la manifestation la plus éclatante, mais non la seule. Qu’ils en sourient ou qu’ils s‘y rendent avec ferveur, les habitants d’Orléans et de son agglomération les connaissent bien et chacun peut y associer un souvenir particulier. Depuis 1430, ces premiers jours de mai sont ainsi l’occasion d’une vraie fête populaire où tous, jeunes et moins jeunes, habitants du centre ou des quartiers se mêlent dans une joyeuse cohue.

Il est vrai que peu de villes sont associées à un personnage comme Orléans l’est à Jeanne d’Arc. Peu de villes se souviennent, chaque année, depuis des siècles, qu’une page de leur histoire appartient à l’imaginaire collectif de tous les Français. Au-delà de la libération de la cité en 1429, au-delà de la canonisation de 1920, au-delà des tentatives de récupération des uns ou des autres, Jeanne d’Arc est une légende, un symbole, mais un symbole incarné et touchant, un personnage dont l’itinéraire exceptionnel, le destin tragique et la simplicité parlent toujours aux cœurs des femmes et des hommes d’aujourd’hui. Voilà sans doute pourquoi sa notoriété a largement franchi nos frontières, faisant du même coup d’Orléans la « cité johannique » par excellence.

Siege d'OrleansImpossible donc, même en 2013, de penser Orléans sans Jeanne d’Arc. Mais alors, quel sens donner aux célébrations qui battent leur plein ? Depuis 5 siècles et demi, on le sait, les propositions de « relecture » de l’histoire de Jeanne d’Arc n’ont pas manqué, souvent au prix d’inexactitudes historiques. Toutes ces propositions sont légitimes, dans la mesure où elles cherchent à rendre l’itinéraire de la pucelle d’Orléans accessible aux citoyens d’aujourd’hui.

Or, à nos yeux, Jeanne d’Arc incarne la résistance, ou mieux encore, l’esprit de résistance. La résistance obstinée contre l’abattement, le découragement, le désespoir collectif, lorsque tout semble perdu. La résistance résolue contre les divisions, les factions, les querelles intestines qui plongèrent la France dans la guerre civile. La résistance farouche des valeurs de justice et de loyauté contre les combinaisons des puissants et la partialité des institutions.

Et puis, au cœur de cette résistance, il y a aussi la cause des femmes. Des femmes engagées, qui se sont levées, à toutes les époques, pour promouvoir des droits, défendre des valeurs, lutter contre les injustices, en France et dans le monde. Parfois aussi, des femmes humiliées parce que femmes, battues, violées, mariées de force, cloîtrées chez elles ou interdites de certains métiers, écartées des responsabilités, des mandats publics, du droit de vote, des femmes ignorées, méprisées, bafouées mais qui pourtant, persistent à conserver leur dignité, à force de courage.

Jeanne au siège d'Orléans

C’est au regard de cet esprit de résistance symbolisé par Jeanne d’Arc que l’on pourrait penser ses Fêtes aujourd’hui. Ainsi, au moment du défilé, temps festif de mémoire s’il en est, la ville pourrait se retrouver autour d’une figure actuelle de la résistance, d’un symbole de lutte pour des valeurs humanistes, mais aussi autour de principes fédérateurs et d’idées communes. D’ailleurs, ce volet à la fois festif et culturel doit s’étendre à toute la ville et non plus se cantonner à l’hyper centre et à Saint Marceau. Car que deviennent les quartiers dans les fêtes de Jeanne d’Arc d’aujourd’hui ? Rien…

Dans la même veine, nous pouvons partager avec les provinces françaises et les villes jumelées autre chose que des fanfares. Imaginons par exemple des rencontres avec de grands témoins incarnant la détermination et l’engagement pour des idées humanistes, particulièrement si elles sont portées par des femmes ou pour les femmes. Imaginons des débats, des rencontres, des projections de films, des concerts, des installations, des happenings, des prises de paroles. Imaginons !

Plus qu’une simple commémoration, faisons des fêtes du 8 mai un temps fort pour la ville, un rendez-vous marquant et un véritable événement qui contribue à servir l’ambition métropolitaine d’Orléans tout en l’enracinant dans sa tradition d’ouverture et d’accueil. Une capitale régionale est nécessairement une capitale culturelle. En lien avec les établissements scolaires et le mouvement associatif, ce moment doit lier histoire et ouverture sur le monde, tradition et innovation, festivités et découverte.

La résistance est une valeur, c’est aussi une source inépuisable d’inspiration et d’exemplarité. Quel plus beau jour que le 8 mai pour se le rappeler ?

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Une réponse à Fêter Jeanne d’Arc autour de l’esprit de résistance

  1. minijack dit :

    Sur un tel sujet nous ne pouvons que nous retrouver. Avec quelques nuances certes, mais sur le fond il est incontestable que Jeanne est un point de rencontre puisque chacun cherche aujourd’hui à la récupérer…

    Pour autant, je ne suis pas certain que nous accordions le même sens au terme « résistance ».
    Je ne critiquerai pas votre tentative de détournement dans le sens d’une résistance politicienne à la politique de l’actuelle municipalité, c’est votre rôle d’opposante et vous y excellez. Mais, selon moi, la Pucelle d’Orléans est un symbole beaucoup plus fédérateur que vous ne le croyez, en ce sens qu’elle n’est pas seulement une guerrière ou une résistance à l’occupant anglais mais une réformatrice de la Société de l’époque, face à la prétention de l’Eglise à contrôler les consciences.

    Jeanne (qui n’était ni bergère ni analphabète) est en effet beaucoup plus qu’une héroïne militaire intervenant dans un conflit entre deux royaumes, elle est une Révolution à elle toute seule…

    Le simple fait de son émergence dans une période où trois papes se disputaient le trône de St-Pierre remettait les compteurs à zéro dans la course à la représentation de Dieu sur Terre, et du même coup dans la « Lieu-Tenance » du royaume de France.

    Mais la révolution de 1789 et surtout les innombrables altérations de documents concernant Jeanne sont passées par là, et je doute que nos modernes édiles républicains, qu’ils soient de Droite ou de Gauche, aient encore aujourd’hui cette conception de la chose publique.

    Je me ferai un plaisir d’en discuter plus longuement si vous le souhaitez, lors de la conférence que je donnerai demain Mardi 7 Mai à 17h30, au Ver Di Vin, rue des 3 Maries.

    « Les gens préfèrent des légendes qui les sécurisent à des vérités qui les inquiètent.  »
    (Michel Onfray – émission On n’est pas couché, 27 Janvier 2013)

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