Orléans 2025 : une occasion ratée pour penser la ville de demain

Exposition Orléans 2025Avec mes collègues et amis du groupe d’opposition municipale, j’ai visité l’exposition « Orléans 2025 », sous la conduite avisée d’un architecte et d’un géographe urbaniste. Cette manifestation, qui a coûté la coquette somme de 350 000 euros et qui bénéficie d’une très large couverture médiatique, prétend présenter un panorama prospectif de l’urbanisme à Orléans. Cette ambition affichée est-elle tenue ? Plusieurs éléments sont à considérer pour pouvoir répondre à cette question.

Sur la forme, l’exposition est plutôt réussie, avec une présentation claire des projets, et des supports interactifs intéressants. Les visuels sont soignés, la présentation est plutôt bien faite, quoiqu’un peu verbeuse. Le catalogue de l’expo est, lui, franchement luxueux.

Sur la méthode, j’avoue mon étonnement. Visite exposition Orleans 2025 avec opposition municipaleIl s’agit, rappelons-le, d’une exposition « d’urbanisme » et non pas d’une exposition « sur l’urbanisme ». Cela aurait donc dû impliquer, à mes yeux, la mise en place de dispositifs destinés à impliquer les habitants, à leur permettre de s’exprimer, de donner leur avis. Pourquoi, par exemple, ne pas avoir cherché à susciter, dans le cadre de cet événement, des ateliers d’urbanisme ? Pourquoi ne pas avoir présenté plusieurs versions possibles d’un même projet, pour collecter sur chacun d’eux les opinions des visiteurs de l’exposition ? Pourquoi ne pas se donner l’occasion de demander aux habitants ce qu’ils pensent de leur ville, et comment ils la voient ? Or, les habitants sont étrangement absents de cette exposition, qui met surtout en valeur des bâtiments, des rues, des places, des pierres, et des élus (photographiés sous toutes les coutures : Serge Grouard est représenté pas moins de 17 fois !!), mais pas les hommes et les femmes qui composent notre cité.

Corinne Leveleux-Teixeira et Jean-Paul Briand - exposition Orleans 2025Sur le fond, enfin, j’ai été gênée par deux manques, ainsi que par un problème de positionnement de l’exposition.

Les manques concernent l’espace et le temps. L’espace circonscrit par l’exposition est celui de la seule ville d’Orléans. Encore cette ville est-elle envisagée de façon discontinue, sous l’angle des seuls projets, et non dans sa cohérence d’ensemble, au prisme de l’ensemble de ses quartiers. L’agglomération, et, plus largement, le bassin de vie d’Orléans sont totalement absents de cette représentation parcellaire du réel. Or, il n’est pas possible de raisonner sur l’urbanisme à la seule échelle communale. Les tensions sur le foncier, la structuration des grands équipements, les flux de circulation doivent être pensés au moins au niveau de l’agglomération. De même, la question des transports me semble oubliée, alors qu’elle est essentielle pour réfléchir sur le développement d’une ville.

Autre problème, relatif au temps cette fois. La vision présentée n’est guère prospective, mais plutôt rétrospective. C’est un bilan des réalisations passées ou en cours. Pour le reste, on ne sait pas. Quels sont les axes de développement de la ville dans 10 ans ? Comment résister à l’attractivité parisienne ? Quelles sont les projections de population, de besoins, de services ? Le visiteur, perplexe repart avec ses questionnements.

Baptiste Chapuis, Jean-Paul et Annie Briand à l'exposition Orléans 2025

Baptiste Chapuis, Jean-Paul et Annie Briand à l’exposition Orléans 2025

Quant à l’erreur de perspective, elle apparaît dès le début de l’exposition et les premières pages du catalogue. La vision qui nous est présentée est largement celle des promoteurs qui ont financé plus de la moitié de l’exposition. Certains des visuels et films numériques évoquent d’ailleurs des visites d’appartement témoin, et à la fin de l’exposition, le visiteur est invité à prendre les catalogues vantant les prochaines réalisations desdits promoteurs et l’incitant à en fait l’acquisition à coup de publicités en quadrichromie. Où sommes nous donc ? Dans une exposition d’urbanisme ou dans un complexe publicitaire ? Dans la vision partagée d’un avenir commun pour Orléans ou dans la mise en scène de « quartiers témoins » destinés à engranger des bénéfices financiers, plus qu’à construire du lien social ?

Je n’ai rien, naturellement, contre les promoteurs. Ils font un travail difficile, passionnant et exigeant, et il convient d’encourager économiquement leur secteur d’activité. Mais leur place n’est pas, ne peut pas être dans la conception de la ville de demain. Ce n’est ni leur métier, ni leur vocation, ni, je le pense, leur ambition. Ou alors, autant demander à un fabricant de prêt à porter de faire le travail d’un créateur de haute couture !

Penser et construire la ville de demain est par excellence le lieu du politique. Cela passe par un patient travail d’information, de concertation et de débat démocratique, qui ne confond pas habiter et consommer, construire et générer des bénéfices. La ville est l’espace de la citoyenneté. Rendons donc aux citoyens leur pouvoir de décision sur les affaires de la cité !

 

 

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Une réponse à Orléans 2025 : une occasion ratée pour penser la ville de demain

  1. Alain dit :

    17 fois en photo ? Serge Grouard est bel et bien en campagne !… Et au travers d’une expo financée par des promoteurs, en plus ! Intéressant….

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