L'Aréna d'Orléans : un projet d'intérêt privé

Après une séquence estivale, occupée par l’hyper-dramatisation des dossiers orléanais (Carmes, Aréna), soi-disant victimes de l’acharnement malveillant du nouveau gouvernement, nous avons assisté hier au retour d’une communication municipale heureuse, faite de visuels « magnifiques » et de bâtiments « harmonieux » se détachant sur un ciel bleu sans nuage.

ImageA cet égard, la prise de parole de Serge Grouard sur l’Aréna, hier, en conseil de communauté était remarquablement paradoxale. D’un côté, il s’agissait pour le maire de rappeler la nécessité du secret et l’importance de la discrétion (« je ne peux rien dire », « je ne dois pas communiquer »). Mais d’un autre côté, pour maintenir en haleine l’intérêt du public, il lui fallait occuper le terrain, jouer à fond le jeu de la communication, doser savamment le « teasing » visuel (avec les fameuses « vues d’artistes » du futur grand équipement) et l’expression verbeuse d’une intense autosatisfaction. A assister à un tel spectacle, on peut légitimement se poser la question de la pertinence d’une telle communication si l’on n’a rien à dire. 

Pour autant, malgré l’artifice, les quelques bribes d’informations parcimonieusement lâchés par le premier magistrat de la ville sur le projet phare de son second mandat révèlent au moins deux enseignements inquiétants.

1)   En premier lieu le portage politique du dossier n’est absolument pas à la hauteur de ses enjeux. L’absence totale de concertation, les décisions prises en catimini, le secret des options retenues sont incompatibles avec une adhésion massive de la population et des élus d’Orléans à ce projet. Ce point mérite d’autant plus d’être souligné que la construction et le fonctionnement de l’Aréna auront des conséquences durables (plusieurs décennies) sur les finances d’Orléans.

Un dossier de cette importance mérite donc à la fois une large consultation démocratique (sur l’implantation, la conception, et le montage financier de la chose) et une totale transparence des démarches. Ce n’est qu’à ce prix qu’une décision politique est susceptible de produire une adhésion collective. Ce n’est qu’à ces conditions que le rêve d’un seul peut devenir le projet de tous. Or, aujourd’hui, cette forte exigence participative maintes fois rappelée par les conseillers d’opposition n’est absolument pas honorée par la majorité.

2)   L’Aréna, par son montage financier et la nature des partenaires qu’elle associe (le groupe Caisse d’Epargne/Banque Populaire, Bouygues, TF1) s’affirme délibérément comme un grand projet d’intérêt privé. Le PPP (partenariat public privé), présenté comme un moyen efficace pour lever des fonds, constitue une véritable bombe à retardement pour les finances d’une collectivité locale.

En outre, on cherche en vain, dans ce qui nous a été présenté hier, les salles pour les petits clubs, les espaces associatifs, les équipements de proximité. Le grand cube de bêton et d’acier prévu pour s’élever sur le site de FAMAR fait dans le bling bling, le monumental et le VIP, nettement plus que dans le sport pour tous.

Enfin, à l’heure où une crise économique majeure laisse sur le bord de la route tant de nos concitoyens, cet étalage de richesses et de fastes réservées à une poignée de privilégiés apparaît totalement hors de propos. Pour tout dire, l’intérêt général des habitants d’Orléans ne correspond pas à la somme de ces intérêts particuliers. Loin s’en faut !

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4 réponses à L'Aréna d'Orléans : un projet d'intérêt privé

  1. Arthur dit :

    Le projet dont les premières esquisses ont été presentees dans la presse et sur la page d’accueil de la ville montrent un énorme bloc de béton sur nos berges classées de la Loire. Que nous réserve monsieur le maire pour notre belle ville ? Nous pensions que le parti architectural serait soigné, nous n en avons que faire de la signature d un archi de renommée internationale si le projet qui sera la pour des siècles vient enlaidir notre ville.

  2. marion dit :

    Il est normal qu’un homme politique ait des idées…mais il n’est pas normal qu’elles aillent à l’encontre du salut public… Ce qui me choque le plus dans cette affaire c’est moins l’arena en soi que la gabegie financière qu’elle va entrainer. Mais il est vrai que si l’arena se construit, ses promoteurs auront depuis longtemps disparu de la vie politique alors que le contribuable sera toujours là ! Il est temps de se rappeler que les grandes réalisations des Romains ont été bien souvent payées par les édiles avec leurs propres sous…

  3. Jean45 dit :

    Rappelons nous un article premonitoire de 2011 de libération orleans (voir leur blog) qui annonçait des 2011 quel serait l attributaire du contrat de l arena.
    Et si nous demandions quel a été le rôle de monsieur Martin dans l attribution de ce contrat car il est essentiel que ce projet difficile soit mené en toute transparence et en toute impartialité ! Nous avons besoin de connaître aujourd’hui quels ont été les projets en compétition et les critères de décision. Ce devoir de transparence doit se faire très vite avant la nouvelle présentation du projet au Cnds et avant qu il ne soit trop tard!

  4. Ping : Débat d’orientations budgétaires (conseil municipal du 23 nov. 2012)

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