Enquête publique sur la ZAC Carmes Madeleine (suite)

Il y a quelques jours, je publiais sur ce blog l’avis que j’ai transmis aux commissaires enquêteurs en mon nom personnel.

Pour être complète sur ce sujet, je reproduis ci-dessous la teneur d’une lettre adressée le 12 décembre dernier par le groupe des élus socialistes, verts et apparentés du conseil municipal d’Orléans aux mêmes destinataires. J’espère très sincèrement que les arguments que nous y développons, tous comme ceux qui ont été mis en avant par les défenseurs du patrimoine, sauront convaincre les commissaires enquêteurs de l’inanité du projet d’alignement de la rue des Carmes, sans remettre en cause, pour autant, la nécessité d’une intervention urbaine qualitative sur l’ensemble du secteur Carmes (c’est d’ailleurs l’objet de la ZAC elle-même). Ce serait une belle façon de commencer l’année 2012!

Dans le cadre de l’enquête publique sur la ZAC Carmes-Madeleine, les conseillers municipaux du groupe « Socialistes, Verts et apparentés » souhaitent vous faire part de leur point de vue et de leurs arguments.

Tout d’abord, nous souhaitons affirmer la nécessité de déployer, dans ce quartier ouest du centre-ville, des efforts de valorisation comparables à ceux qui ont été consentis dans le reste de la ville, et ce depuis bientôt 20 ans. Il faut même faire plus, en raison des caractéristiques de ce quartier, et du changement d’époque : rénover dans le respect du patrimoine, réhabiliter dans le respect des habitants, équiper dans le respect des nécessités du commerce de proximité. Le tout, sans perdre de vue l’impératif environnemental.

Nous souhaitons préciser que nous ne contestons pas l’aspect du projet qui consiste à ouvrir le site de l’hôpital Madeleine sur la ville et sur les mails : c’est une chance pour la ville d’avoir cet ensemble monumental qui n’est pas suffisamment valorisé aujourd’hui, et qui sera libéré dans quelques années.

Nous voulons, dans ce qui suit, vous donner notre point de vue sur les différentes questions de coût, du patrimoine, de l’usage et de la circulation,  et de la commercialité de la rue des Carmes, toutes considérations qui doivent, selon nous, être prises en compte pour évaluer l’intérêt public de l’opération d’alignement prévue dans cette rue.

La destruction projetée des immeubles de la partie Sud de la rue des Carmes, sur une centaine de mètres de long, et une trentaine de mètres de profondeur, ainsi que la construction de nouveaux immeubles ont été chiffrées à 35 millions d’euros, soit plus de la moitié du budget annuel d’investissement de la ville d’Orléans. Il s’agit donc d’une dépense considérable, dont l’intérêt ne semble pas justifié, puisqu’elle ne vise ni à percer une voie nouvelle (la rue des Carmes existe déjà), ni à créer des logements supplémentaires (le nombre de logements construits sera inférieur au nombre de logements détruits), ni à implanter ou des commerces qui n’existeraient pas (la rue comporte déjà maints locaux commerciaux dont certains ne demandent qu’à être aménagés). A l’heure où notre pays est secoué par l’une des plus graves crises financières de son histoire, n’est-il pas singulier, voire choquant, d’appauvrir le budget municipal de dizaines de millions d’euros non pas pour apporter plus aux citoyens d’Orléans mais pour leur offrir les mêmes avantages que ceux dont ils peuvent déjà bénéficier aujourd’hui, en vertu d’une bien couteuse logique de substitution (des commerces remplaçant d’autres commerces et des appartements d’autres appartements) ?

Le coût écologique de la démolition et d’une reconstruction nous semble également ne pas avoir été suffisamment pris en compte. A l’inverse, la simple mise en valeur de l’existant (mise aux normes des logements, décapage des façades, éclairage), à l’image de ce qui s’est fait dans le secteur Bourgogne, l’autre centre ancien d’Orléans, couterait infiniment moins cher au contribuable orléanais, tout en lui rendant les mêmes services en termes d’offre locative et commerciale que ce qui est prévu par le projet municipal.

Sur la question patrimoniale, nous nous interrogeons sur la compatibilité du projet de démolition de nombreux immeubles situés au sud de la rue des Carmes avec la ZPPAUP votée le 4 février 2008. Nous savons d’ailleurs que l’immeuble du 45 rue des Carmes avait été désigné comme “bâtiments de grand intérêt architectural” par le cabinet d’architectes patrimoniaux chargé de travailler sur le dossier de ZPPAUP, et que c’est l’intervention de la mairie qui l’en a fait retirer.

Nous sommes en total désaccord avec le maire d’Orléans sur la notion de patrimoine urbain : la ZPPAUP ne protège pas que les bâtiments exceptionnels classés monuments historiques, ou repérés comme des “bâtiments de grand intérêt architectural” mais bien 90% à 95 % de l’ensemble urbain que constituent ces immeubles repérés en” secteur 1 “, (cf : page 11 du règlement de la ZPPAUP), certains avec des caves du XIIIème siècle et des façades allant du XVème au XIXème siècle. Nous estimons en outre que cette ville a suffisamment souffert des blessures de la guerre, et des mutilations infligées, dans le passé, par des opérations d’urbanisme ratées, pour qu’elle veille aujourd’hui à préserver et à valoriser un patrimoine dont elle peut escompter tirer des bénéfices en termes d’attractivité touristique et de rayonnement (la ville n’a-t-elle pas été récemment reconnue comme « ville d’art et d’histoire » ?).

Nous rappelons également l’avis rendu par la Commission régionale du patrimoine et des sites qui indique très clairement qu’elle est favorable au classement de deux immeubles de cette même rue.

Sur la question de l’usage et de la circulation, nous nous réjouissons tout d’abord que, suite à la première enquête publique et aux demandes réitérées des commerçants et des riverains, la ville d’Orléans, ait décidé la piétonisation de la rue des Carmes, alors qu’elle prétendait, auparavant, que c’était ni souhaitable, ni possible.

C’était pourtant au nom de cette piétonisation impossible que la ville justifiait l’alignement. La piétonisation étant désormais acquise, l’argument tombe de lui-même, et la nécessité d’aligner également.

Nous nous étonnons toujours que l’argument principal pour justifier la démolition des immeubles soit l’étroitesse de la rue, et le passage du tramway, alors que la déclaration d’utilité publique relative au projet CLEO, délivrée en 2007 ne prévoyait absolument pas de telles démolitions. Le passage du tramway ne nécessite donc pas la démolition, ou alors, il aurait fallu l’indiquer dès 2007, ce qui n’a pas été fait.

La ville d’Orléans allègue un conflit d’usage, sur cette partie plus étroite, entre les piétons et les cyclistes alors qu’en zone piétonne, le cycliste doit se comporter, d’après le code de la route, comme un piéton. Ce conflit d’usage n’a, d’ailleurs, jamais été souligné par la ville pour des rues comme la rue de Bourgogne et les rues adjacentes, pourtant parfois beaucoup plus étroites.

Sur la commercialité de la rue, la ville argumente sur le fait qu’il faut dynamiser cette rue du point de vue commercial. Mais cette rue est déjà très commerçante ! Il y a même de nouveaux commerces qui s’implantent, des commerces chics, comme Ex Nihilo, mais il y a aussi toutes sortes de commerces : de l’alimentaire, des banques, des services, et même un atelier de piano. On a donc un commerce varié qui fonctionne plutôt bien, en notant que si la période des travaux du tramway a mis en péril quelques commerces par la dangerosité de la circulation pour les piétons, depuis quelques semaines, avec l’ouverture de la chaussée et des trottoirs aux piétons, le commerce revit.

Le problème majeur pour la commercialité de cette rue, c’est la liaison avec le reste du centre ville car la place De Gaulle est un frein à la circulation piétonne. Mais c’est grâce au secteur piétonnier de la place De Gaulle à la place Croix-Morin qu’on développera la commercialité de la rue des Carmes : les commerçants de la rue des Carmes, qui réclamaient très majoritairement – et ont obtenu – cette piétonnisation, l’ont très bien compris et attendent la fin des travaux de la place De Gaulle pour en tirer tous les bénéfices.

Par ailleurs, il apparaît clairement du dossier qu’une partie des superficies considérables libérées par le départ de l’Hôpital Madeleine qui ne seront pas affectées à un usage universitaire sera dévolue à des fonctions commerciales (sur plus de 2000 m2). La localisation du site (qui plus est à proximité d’un arrêt du tram), la qualité du bâti et la place disponible devraient garantir à ces futures implantations un vif succès, leur permettant de jouer le rôle de véritable locomotive commerciale, sans qu’il soit nécessaire de détruire les bâtiments situés dans la partie sud de la rue des Carmes.

Enfin, la rue, ses habitants, ses commerçants, viennent de subir ces 2 dernières années un très grand désordre avec des travaux du tram particulièrement  très mal menés et pénalisants dans cette artère. Alors que la rue, maintenant pavée, retrouve son dynamisme, il n’apparaît donc pas souhaitable de prolonger cette situation de chaos urbain par plus de 5 années de travaux supplémentaire. L’exemple de la rue des Halles, dans le secteur Bourgogne, dont la destruction a été engagée il y près de 7 ans et qui n’est toujours pas terminée à ce jour, incite à cet égard à la prudence et à une certaine humilité. Si l’opération d’alignement avait lieu, le risque serait grand de porter un préjudice important et durable à l’ensemble d’un quartier pourtant stratégique pour le devenir d’Orléans.

Au total, tout en considérant l’opportunité offerte par la ZAC Carmes-Madeleine, nous estimons que l’alignement de la rue des Carmes n’est pas, lui, d’intérêt public, mais se traduirait au contraire par une moins value pour la ville d’Orléans et pour ses habitants.

Espérant que ces quelques arguments vous auront éclairés, nous vous prions d’agréer, Messieurs les commissaires-enquêteurs, l’expression de notre considération distinguée.

Signé: Michel Brard, Jean-Paul Briand, Baptiste Chapuis, Sophie Ferkatadji, Jean-Philippe Grand, Ghislaine Kounowski, Corinne Leveleux-Teixeira, Carole Miko, Elsa Pelloie, Avelino Vallé

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