Rue des Carmes. De qui se moque-t-on?

La presse s’est fait l’écho cette semaine des premières images illustrant le projet d’urbanisme censé justifier la destruction d’une partie historique de la rue des Carmes, véritable cheval de bataille de la majorité UMP d’Orléans. Ces illustrations, tirées du site internet de l’Agence d’Architecture et d’Urbanisme de Patrick Chavannes (AAUPC), lauréate du concours lancé par la ville, embarrassent visiblement la mairie en venant court-circuiter le plan de communication qu’elle avait savamment concocté. Elles ont d’ailleurs été précipitamment retirées du site d’AAUPC.

 

Selon la réponse officielle de la ville, ces images ne correspondent qu’à un état ancien du projet. Elles n’ont « rien à voir avec ce que cela donnera ». Une version « retravaillée » de la chose sera présentée en réunion publique en « février 2012 », et il faudra attendre le second semestre 2012 pour connaître les modalités définitives du sort réservé à la rue des Carmes.

On ne peut qu’être médusé devant ces piètres explications, qui tiennent plus du bredouillement en mode panique que de l’argumentation maîtrisée. En premier lieu, on se demande bien pourquoi une agence d’urbanisme, réputée pour son sérieux, et qui plus est choisie par la ville (moyennant 80 000 euros de rémunération, tout de même) pour mener à bien cette présentation, s’amuserait à diffuser de fausses informations.

Ensuite, il est extrêmement facile pour la ville de tarir à la source toutes les rumeurs et les spéculations. Si les illustrations publiées renvoient bien à « une ambiance datant d’il y a un an », pourquoi ne pas, tout simplement montrer l’état actuel du projet ? Une nouvelle enquête publique, destinée à faire oublier les déboires de la première, catastrophique pour la mairie, est prévue pour cet automne. Le dossier de cette enquête est donc vraisemblablement à l’étude en préfecture, pour avis. On ne peut imaginer que ce dossier soit vide. Les fonctionnaires de l’État ne travaillent pas sur du vent. Pourquoi alors ne pas montrer dès maintenant à la population les magnifiques croquis que ce dossier contient sans doute ? Pourquoi ne pas nous faire envie tout de suite ? A quoi riment ces pudeurs de jeunes filles ? C’est à un débat public sur l’avenir de notre cité que nous appelons, pas à des échanges cryptés d’agents secrets.

Enfin, le calendrier annoncé pour le bouclage du dossier laisse pantois. Si le projet « retravaillé » n’est dévoilé qu’en février 2012, c’est à dire après l’enquête publique, à quoi sert l’enquête publique alors ? Pourquoi inviter les citoyens à se déplacer ? Pour parler de la pluie et du beau temps ? Tout cela est lamentable. Il est vrai qu’une mairie qui est prête à passer outre à l’avis de ses administrés, pourtant exprimé clairement l’année dernière sur l’alignement de la rue des Carmes, ne se soucie sans doute pas beaucoup d’organiser une véritable concertation.

Ces cafouillages sont incompréhensibles au regard des enjeux du dossier. Ils sont inacceptables pour les habitants de la rue des Carmes et du quartier environnant, qui vivent depuis plus de deux ans dans des travaux très lourds et inexplicablement longs, qui subissent la crasse, l’insécurité, le pourrissement de leur cadre de vie.

De la compétence, du sérieux, du sens démocratique et de l’écoute citoyenne. C’est tout ce qui manque à la gestion de ce dossier depuis le début. Et ce que demandent les habitants d’Orléans à leurs élus.

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7 réponses à Rue des Carmes. De qui se moque-t-on?

  1. conservateur... dit :

    Ce que je vois me laisse pantois d’horreur quant au manque de goût des décideurs municipaux, particulièrement de celui qui est en charge du dossier. Mais il est vrai qu’il n’a jamais fait dans la dentelle : je m’en souviendrai d’ailleurs au moment des prochaines législatives…. Pour en revenir à la rue des Carmes, et puisque l’on sait maintenant que derrière les façades aussi mal entretenues que l’étaient celles de la rue de Bourgogne (dont on peut désormais apprécier la nouvelle vie) se cachent des éléments intéressants d’architecture médiévale et renaissance, un cabinet d’études doit être capable de proposer des solutions intégrant et de l’architecture contemporaine et des restaurations. Il est vrai que cela coûte, mais en matière d’audit la Ville n’a jamais regardé à la dépense… et si c’est pour faire cesser cette querelle qui tourne désormais au clochemerle, personne ne le lui reprochera, surtout si pour une fois elle associe vraiment les populations, les acteurs politiques et associatifs. De plus, comme la rue des Carmes n’est pas franchement éloignée du centre-ville, cela fera un but supplémentaire pour les touristes et une manne pour le commerce local, d’autant que les deux ligne de tram se croisent là au lieu de se retrouver à la gare….

  2. Pierre-louis dit :

    Effectivement le projet est inadéquat avec l’environnement de la rue des Carmes, et en particulier avec l’hôpital qui a vocation à accueillir l’Université.

    Soit M. Carré a prévu de détruire aussi l’hôpital Madeleine pour rendre cohérent l’ensemble, soit ça va « jurer » !

    Je note que cette destruction complète de la rue plus de l’hôpital ne déplairait pas à certains (notamment à Laurent Rouault au grand bûcher de mercredi dernier) pour faire « du contemporain » dans cette ville qui, selon eux, en manque cruellement.

    J’ai un peu peur qu’il s’agisse plutôt de satisfaire un ego, d’une volonté de « laisser sa marque » plutôt que de favoriser l’architecture contemporaine…

    Mais une ville, une rue ça ne se bâtit pas pour un homme ou une génération : la dernière transformation de la rue des Carmes date de 1486 !

  3. regis reguigne dit :

    Des éléments d’ architecture médiévale et des éléments renaissance rue des Carmes ? Je demande à voir , car , selon l’ évolution des extensions de la ville , depuis son quartier originel gallo-romain ; au Moyen Age puis au XVI ème siècle ( Renaissance ) point de rue des Carmes dans l’ Ouest de la ville encore  » hors les murs  » . Puissiez – vous me démontrer le contraire . Merci .

  4. Pierre-Louis dit :

    Comme quoi, Monsieur l’adjoint honoraire, on peut être ancien élu local et ne pas connaitre tout de la ville d’Orléans…

  5. François GRIESMAR dit :

    Citoyen français, je suis Orléanais par ma mère et connais très bien ma ville dans laquelle j’ai souvent séjourné.

    Je suis donc stupéfait, bouleversé et indigné par les projets de la municipalité prévoyant la destruction de bâtiments anciens du plus grand intérêt rue des Carmes : c’est en soi inacceptable et encore plus pour faire place aux voitures : le tramway a justement vocation à remplacer la voiture individuelle en ville, surtout au centre ! En outre, Orléans a déjà terriblement souffert des destructions de 1940-44 et des saccages urbanistiques des années 1950 à 1970 – dont le pré sent projet est un « digne » héritier – et on doit donc préserver le patrimoine qui nous reste sans les « compromis » ou « bricolages » indéfendables envisagés (déplacer quelques façades mais raser des dizaines de bâtiments) pour cacher l’essentiel (un vrai massacre architectural).

    Il faut faire échec à ce projet désastreux. Que la municipalité d’Orléans fasse plutôt son devoir en favorisant la rénovation in situ des bâtiments intéressants qui nous restent : quand comprendra-t-on que la beauté architecturale d’une ville est non seulement une joie pour tous les habitants et les amateurs de beauté mais aussi, à moyen et long terme, un atout en termes d’image et de retombées économiques ? Il suffit par exemple de comparer la fréquentation et l’animation de la rue de Bourgogne aux nombreux bâtiments anciens restaurés et l’ambiance de la rue des Carmes qui associe bâtiments anciens non encore restaurés et hideuses constructions d’après-guerre (c’est celles-là qui mériteraient d’être démolies).

    Les destructions urbanistiques programmées rue des Carmes sont indéfendables et relèvent d’une conception de l’urbanisme archaïque et rétrograde (aligner les bâtiments, obsession haussmannienne et adapter la ville à l’automobile, monstruosité pompidolienne) et à court terme visant à satisfaire les promoteurs et les partisans de la présence massive de la voiture en centre-ville.

  6. Cher Monsieur Griesmar,

    Je souscris pleinement à tout ce que vous écrivez et vous encourage à vous rendre en mairie centrale pour déposer sur les registres de l’enquête publique les remarques que vous formulez à l’égard de ce projet aussi absurde que dispendieux. L’enquête est ouverte jusqu’au 17 décembre. Après, il sera trop tard.
    Je vous précise simplement que, grâce à la mobilisation des habitants et de l’opposition municipale, le principe d’une piétonnisation de la rue est dores et déjà acté. Ce n’est donc plus pour laisser la place aux voitures mais pour permettre aux piétons de passer (!!!) qu’on s’apprête à raser froidement 5 siècles d’histoire urbaine.

  7. François GRIESMAR dit :

    Chère Madame,

    Je vous remercie de votre réponse.

    Résidant à l’étranger, je ne pourrai malheureusement passer à Orléans dans les délais pour faire part de mon avis sur le registre consacré à ce projet de réaménagement de la rue des Carmes.

    J’ai noté que cette rue devrait devenir piétonnière (avec passage du tram, je le suppose) mais que la municipalité maintient toutefois son monstrueux projet consistant à démilir un côté de la rue : quelle peut en être désormais la « justification » sinon la volonté de réaliser une opération immobilière qui fera certainement quelques heureux du côté des banques et promoteurs ? À moins que cette municipalité croie vraiment aux « vertus » de l’alignement « casernesque » des rues type haussamannien, à l’opposé de ce qu’est la rue de Bourgogne, pendant est de la rue des Carmes. Dans les deux cas, c’est à hurler et ce projet ne doit pas aboutir.

    Merci à tous ceux qui se battent pour sauver la rue des Carmes de la rapacité et de la stupidité.

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