21 sur 22

Comme vous le savez sans doute, c’est bientôt les élections cantonales (les 20 et 27 mars prochains, pour les distraits). Et comme vous vous en doutez peut être, l’organisation des élections, qui relève de l’Etat (via le ministère de l’intérieur et l’administration déconcentrée des préfectures), est supervisée, à l’échelle de la commune, par le maire, avec le concours actif (et d’ailleurs obligatoire) des membres du conseil municipal.

A Orléans, il y a 69 bureaux de vote théoriquement présidés par les 55 conseillers municipaux ainsi que par des personnalités nommées. Toutefois, les présentes élections cantonales ne concernant que deux cantons orléanais, seuls 22 bureaux seront affectés aux opérations électorales. Or qu’ai-je appris ce soir? Que sur 22 bureaux, 21 seront présidés par des conseillers de la majorité, un seul par un élu de l’opposition. Belle statistique en vérité, qui en dit long sur la conception que d’aucuns se font de la démocratie locale. Inutile d’ajouter, en effet, que certains conseillers de l’opposition, dont l’auteure de ces lignes, habitent sur des cantons renouvelables et avaient donc a priori territorialement vocation à présider leur bureau « habituel », si un oukase municipal n’en avait décidé autrement, avec un sens exquis de l’arbitraire le plus absolu.

Enfin, quand je dis que j’ai été informée de cette situation, c’est un peu une figure de style. Comme mes collègues, je n’ai reçu ni courrier ni notification officielle. Même pas un mot standard du style « nous avons lu votre CV avec beaucoup d’attention. Malheureusement, il ne nous est pas possible de donner suite à votre candidature. » J’ai appris la nouvelle par hasard. C’est beau le respect et la courtoisie républicaine, tout de même.

Certes, en droit strict, il n’y a rien à redire. Le maire désigne les présidents de bureau de vote dans l’ordre du tableau, donc en commençant par les 42 de la majorité, puis en finissant par les 13 de l’opposition. L’exécutif orléanais, après s’en être beaucoup moqué, s’accommode donc finalement du « juridisme pointilleux » pour bétonner ses choix. Il n’en demeure pas moins que politiquement, cette façon de procéder pose problème, aux yeux du premier démocrate venu. Difficile de ne pas parler de monopole dans ces conditions.

Sans compter l’aspect affectif de la chose. Le traumatisme psychologique. L’ébranlement nerveux. Jugez plutôt. Depuis 3 ans, je veille avec amour sur les destinées du bureau de vote n°3. Je m’étais attachée à mon bureau, à mes isoloirs, mon urne. J’étais presque heureuse de passer deux dimanche de mars enfermée à guetter l’électeur et à surveiller, avec attendrissement, le déploiement du suffrage universel (c’est quelque chose qui m’émeut toujours). J’avais donc rempli ma demande, en bonne et due forme, avec le formulaire qui va bien, en indiquant mes préférences, dans les délais réglementaires. Et j’attendais, confiante, la confirmation rassurante de mes habitudes électorales. Et là, patatras! Qu’apprends-je? Privée de présidence de bureau de vote! Encore n’ai-je eu connaissance de cette punition qu’incidemment, par hasard. Pourquoi? Ai-je fait une bêtise? Égaré un procès verbal? Cassé une urne? Mélangé les clefs? Provoqué un scandale? Que nenni. Je ne fais pas partie de la bande. C’est tout. Dans la principauté d’Orléans, l’unité du conseil municipal n’est qu’une fiction. Il n’y a pas d’égale dignité des élus. La majorité écrase tout, prend tout, impose tout. Qu’on n’aille pas me parler « d’écoute » après cela!!

Quand même. 21 bureaux de vote sur 22. Ce n’est pas raisonnable. Dire que ces pratiques hégémoniques ne m’étonnent même plus…

Il est vrai que la présidence des bureaux de vote, c’est un peu tout ce qui reste à l’UMP. Parce que pour ce qui est de gagner les élections, ça risque d’être plus compliqué.

Rendez vous les 20 et 27 mars prochains!

Lire aussi...

Ce contenu a été publié dans Actualité, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

7 réponses à 21 sur 22

  1. conservateur... dit :

    L’autoritarisme est le dernier rempart d’une autorité qu’on n’a plus…. Je ne suis pas sûr que la bobine d’un élu UMP soit actuellement une incitation à voter UMP ! Mais je comprends votre colère, car, dans ces lieux électoraux où le peuple souverain vient abandonner sa souveraineté, il n’y a vraiment pas de distinguo à faire entre les différents conseillers, tous issus du suffrage universel et tenus pour une fois à la plus grande réserve. J’espère que le maire reverra sa position.

    Dans un autre ordre d’idée, mais toujours en relation avec les élections, j’aimerais connaître votre position sur le projet de rattacher le Loiret à la région IdF. Au risque de faire de la peine (mais cela ne m’effraie pas…) au maire de Tours, qui n’attend que cela pour que sa ville devienne capitale régionale au détriment d’Orléans (même si je pense depuis toujours que le choix d’Orléans était parmi tant d’autres dans cette réforme territoriale, un des plus mauvais choix du « général »), au risque de contrarier le président NSdeNB ( mais cela ne me tourmente pas non plus) je ne cacherai pas que je suis totalement hostile à ce projet, qui n’a pour but que de contrebalancer l’influence de la gauche au conseil de cette trop énorme région. Mon vote prendra naturellement en compte la position des divers candidats.

  2. Jean du MoDem dit :

    « Dans la principauté d’Orléans ». Madame fait une erreur, ce n’est pas une principauté mais un duché.
    Le fait du prince: en droit administratif, il s’agit des conséquences tirées d’une décision administrative qui viennent bouleverser une relation contractuelle. En ce sens, et en droit civil, le fait du prince peut être assimilé à la force majeure si il est imprévisible, insurmontable et extérieur à la volonté des parties au contrat.

  3. dame Lepion dit :

    … et Monsieur, qui nest pas le duc Jean, fait lui aussi erreur. Double. Car une principauté est la chose d’un prince, non d’un duc. Mais au delà : mieux vaut assimiler Orléans à une Satrapie, dont le titulaire, j’en conviens, pratique naturellement le fait du prince. Avec toute ma révérence…
    P. Lepion, quidame

  4. Jean du MoDem dit :

    dame Lepion, il n’y a pas d’erreur. Orléans n’a jamais été une principauté.
    Le fait du prince que je mentionne est un élément du droit et non une expression du langage courant.
    Il se trouve que l’administration de la commune « a pu choisir » ce droit du fait que le mari de Madame soit candidat suppléant sur le canton de Madame. Madame a oublié de le préciser.

  5. CLT dit :

    @Jean : une principauté territoriale désigne un territoire gouverné souverainement par un grand féodal, vassal direct du roit. C’est en ce sens qu’on a pu dire, par exemple, que le duché de Bourgogne était une principauté. La France n’a jamais connu de « prince » (au sens de Prince de Galles ou de Prince des Asturies), mais elle a connu des principautés. Je ne retire donc pas ce que j’ai écrit sur la principauté d’Orléans.
    Par ailleurs, le fait que mon mari soit suppléant aux élections cantonales n’a rien à voir avec l’OPA de la droite sur les bureaux de vote. Comme circonstance atténuante, cela ne vaudrait, à la rigueur, que pour le bureau n°3 (soit 1 sur 22), mais n’explique en rien que d’autres conseillers municipaux d’opposition dont les cantons étaient renouvelables aient été recalés sans explication. Et sans notification.

  6. 21/22 ... bizarre ! Non ? dit :

    En tous cas, bravo à Estelle et à Miguel.
    Peut-être que la droite n’a récolté le 27 mars que les fruits de son dédain.
    A l’année prochaine !

  7. Jean du MoDem dit :

    « A l’année prochaine ! ».
    Entre-temps et dès le lendemain des élections, Estelle et Miguel ne connaissent plus leurs électeurs-citoyens.
    Sur leur site: http://estelletouzin2011.fr/
    «  »La campagne pour ce second tour se termine. Nous vous donnons rendez-vous demain dans votre bureau de vote. » le 26 mars 2011 Les commentaires sont clos Non classé »

    « Je m’engage fermement en tant qu’écologiste à mettre en place avec tous les acteurs (associations, institutions publiques, citoyens…), une politique qui privilégie la solidarité, la justice sociale et la qualité de vie pour tous. ».
    À quand cette mise en place???

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>