Identité nationale et conscience républicaine

L’actualité fournit parfois de bien inquiétants télescopages. En quelques semaines, nous avons ainsi assisté au lancement du pitoyable débat sur l’identité nationale, à l’annonce de la suppression de l’histoire-géo du programme des Terminales scientifiques, au renvoi de 9 malheureux afghans vers leur pays en guerre, et à la cessation d’activités de plusieurs associations de soutien aux migrants (le SSAE, l’Adamif dans notre département), faute de financements suffisants.

Difficile de penser qu’il s’agit là de pures coïncidences. Assurément, Mme Le Pen va avoir le plus grand mal à convaincre ses électeurs potentiels de voter pour le FN. La majorité UMP applique déjà fort bien la politique qu’elle aurait sans doute rêvé de mettre en oeuvre. En outre, l’idée même d’associer, dans la dénomination d’un ministère républicain, identité nationale et immigration, constitue en soi une pétition de principe aussi dangereuse que significative, que n’aurait point reniée M. Le Pen lui-même. Comment, dans un pays d’immigration comme la France (le solde migratoire y est positif depuis le XVIIè siècle), peut on sérieusement soutenir que l’identité nationale se construit MALGRE l’immigration? Comment, dans un pays républicain comme la France, peut-on suggérer que l »identité nationale pourrait avoir une base éthnique? Comment, dans un pays héritier des Lumières comme la France, peut on organiser un débat sur l’identité nationale avec Mme Morano dans la ville natale de M. Barrès, la référence culturelle majeure du régime de Vichy?

Ce qui est en cause, en ce moment, au delà de l’héritage fraternel de la Résistance, ce sont les valeurs issue des Lumières (les « lumières de la raison », comme disaient les philosophes du XVIIIè siècle): l’amour de la liberté, la confiance rationnelle en l’homme, l’égalité assumée dans les différences, le souci de l’intérêt public qui formèrent les bases du « contrat social » passé entre le peuple, enfin devenu souverain, et ses représentants.  Ce sont ces valeurs qui inspirèrent la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Au vu d’affirmations récentes de certains membres du gouvernement je pense que nous serions incapables, aujourd’hui, de la rédiger et de la proclamer. Sommes nous encore seulement capables de la servir? N’avons nous pas oublié que l’humanité était notre famille commune? Et que la communauté politique avait pour fin non la domination, non la guerre de tous contre tous, mais le soin de chacun et la préservation de tous grâce à un régime juste?

Aujourd’hui, pour la première fois depuis que j’ai l’âge de m’intéresser un peu aux affaires publiques, je suis inquiète. Inquiète des amalgames et des amnésies, inquiète des manipulations de l’histoire que se permet M. Sarkozy, inquiète de la politique de la brutalité que s’autorise M. Besson, inquiète de ce débat sur l’identité nationale que mène en ce moment le gouvernement.

Contactée pour y prendre part en tant qu’ »expert », comme professeur d’histoire du droit, j’ai refusé de m’y rendre, afin de ne pas cautionner une entreprise aussi dangereuse qu’inutile. J’observe d’ailleurs que les conseillers municipaux d’opposition d’Orléans n’y ont pas été conviés. L’eussent-ils été qu’ils ne s’y seraient pas rendus, parce qu’ils sont convaincus qu’on n’ouvre jamais la boîte de Pandore sans prendre un risque mortel pour la communauté humaine (il est temps de réviser ses classiques de la mythologie).

C’est pourquoi j’invite dès maintenant ceux d’entre vous qui ne l’ont pas encore fait à signer la pétition suivante, pour mettre un terme à ce qui n’est pas un débat, mais une entreprise funeste de démoralisation nationale. J’en reproduis le texte ci-après. L’enregistrement de la signature se fait ici.

Arrêtez ce débat, Monsieur le Président !

Depuis le 2 novembre 2009, la France a été entraînée, malgré elle, dans les tourments d’un débat sur l’identité nationale. De nombreuses voix s’étaient pourtant élevées pour avertir que le lien posé d’emblée entre l’immigration et l’identité nationale était de nature à libérer une parole au « mieux » stigmatisante, au pire raciste.

Malheureusement, ces prédictions apparaissent aujourd’hui se situer bien en-deçà d’une réalité inquiétante et nauséabonde. En effet, depuis plusieurs semaines, les débats sur l’identité nationale sont apparus comme des espaces de libération d’une parole raciste, prompte à remettre en cause, de façon insidieuse ou explicite, la légitimité de la présence sur le sol national de catégories entières de la population.

Un nombre substantiel de réunions nous font honte tant les propos qui y sont tenus heurtent nos consciences de républicains et de démocrates, attachés aux valeurs du vivre ensemble. Propos violents envers les immigrés et leurs enfants, vision caricaturale des « jeunes de banlieue », obsession autour de la figure du musulman comme euphémisation d’un racisme anti-arabe qui n’ose plus s’exprimer en ces termes : voilà quelles semblent être les principales réflexions qui émergent des réunions tenues sur le territoire.

Pire, des responsables politiques de premier plan ont cédé au tropisme de la stigmatisation. Ainsi, il y a quelques jours, une Ministre de la République, Nadine Morano, livrait en creux sa vision du musulman, essentialisé dans la position de celui qui refuse de s’intégrer à la Nation, fût-il français.

La technique consistant, face aux tollés soulevés par de tels propos, à expliquer que ces derniers ont été mal compris ne doit pas faire illusion. La preuve n’est plus à faire que le débat sur l’identité nationale, bien loin de renforcer l’adhésion aux valeurs de la République, est un facteur de haine et de désunion, là où notre pays devrait s’atteler à cultiver le vivre ensemble. Un vivre ensemble trop fragile pour qu’il soit affaibli à travers un débat qui, posé en ces termes, ne pouvait finalement rien produire d’autre.

Face à cette réalité qu’il est inutile de vouloir camoufler, il est tout aussi inutile de sortir la carte du « peuple dont l’expression est légitime ». Car, dans notre pays comme dans toutes les grandes démocraties, le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. À cet égard, les propos racistes tenus dans des réunions organisées par les préfectures sont d’autant plus graves que l’Etat vient apposer sa légitimité à l’expression de pensées qui n’ont pas lieu d’être dans l’espace public.

C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Président de la République, de mettre un terme à ces réunions, sans quoi la République française que vous représentez aura fait le choix de laisser se tenir en son sein et avec son assentiment un débat de nature à briser durablement les fondements de notre vivre ensemble.

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3 réponses à Identité nationale et conscience républicaine

  1. Burban dit :

    A Tous,

    Je rejette de manière complète les pseudo-valeurs défendues depuis la première République qui fut d’ailleurs « La Terreur « , rappelons-nous de Robespierre , Marat , Danton des Dictateurs, les Abbés comme Seyes , Grégoire et autres ensoutannés ….. à savoir des mots dont se drapent les politiciens depuis lors , les Républiques nées depuis le sont soient par des coups d’Etat à l’instar de Napoléon autre dictateur impérialiste , Napoléon III l’usurpateur ….. La V me République née suite à la tentative de « coup d »Etat » , je cite « d’un carteron de généraux » à Alger , les Massu et compagnie …..A quand une République apaisée , voulue par le peuple et issue du peuple ????

    La Déclaration des Droits de l’Homme en 1789 , la moitié de la France n’était pas considérée comme un individu majeur : La Femme , il fallu aux descendants de ces révolutionnaires éclairés (mais pas à tous les étages ) d’accorder enfin au scrutin d’Avril 1945 le Droit de vote au genre féminin …. En Turquie sous Atta Turc les femmes votent depuis 1926 …. De quel pays parlet-on ?

    En effet celui qui a colonisé , maltraité les Africains , les Indo-Chinois ….

    Ou sont les cachots pour le vice ???? Nous ne sommes pas vertueux et peu crédibles à la face du Monde qui a changé . Nous représentons environ 0,70 °/° des habitants de la planète Terre , quantité insignifiante . Des Temples et des textes vertueux mais pas applicables en France , pour les autres c’est plus facile d’avoir leurs minorités ; les Chinois , leurs Tibétains , leurs Ouigours… ect …. les Turcs , leurs Arméniens , leurs Kurdes …ect… En France , nous sommes stous égaux et certains un peu plus que d’autres aurait dit Coluche (immigré d’origine italienne ) la France a profité de cette intelligence venue de la péninsule …..Combien d’autres viendront enrichir notre patrimoine …et tant mieux ….Point de Corses et de droits , ni de Basques , ni de Bretons , ni de Catalans , d’Occitants, ni d’Alsaciens ou de Flamands ( maintenant ils sont C’htis) . Ces peuples ne sont pas reconnues par nos amis Jacobins , encore moins leurs langues car la Contitution ne le permet pas , les Traités européens sont destinés aux autres , pas « chez-nous » . çà devient risible …..Les traités internationaux ne sont appliqués puisque pas ratifiés …..Postdam 1945 nous n’étions pas invités car nos exigences ulcéraient les Alliés , 1953 à Toronto point de signature , la Charte Européenne de 2002 point ratifiée dans sont entiereté …….Ah le génie français , Madame La Raison et ses processions , ses mots devenus vides de sens : citoyens alors que 7 millions sont hors système pauvreté oblige ou seuil de pauvreté . Seconde zone sans doute????

    Egalité , cela signifie quoi ???Liberté ?? Quelle définition en donner ??? Fraternité :elle peut se concevoir si les 2 précédantes existent dans les faits …..Tolérance , le débat actuel montre les limites car nous n’avons pas respecté les anciennes minorités . Comment pourrions -nous le faite pour les nouveaux arrivants avec leur bagage culturel ????Un seul peuple le peuple Français , c’est ce mythe que nous avons voulu exporter dans « Les Colonies » tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ! C’est ainsi !Zéro tolérance au nom d’une République une et indivisible ! »Tout le mond’ il est paweil « en créole ….Nous l’avons vu en Gwadeloup l’an passé !

    Pour ma part citoyen du Monde, mais de ta différence mon frère tu m’enrichis d’ou que tu sois !D’Afrique , D’Asie , des Amériques , d’Océanie ! De ta culture , de ton langage , de ta cuisine….. ! Pas de dogme , pas de frontières !

  2. Essayons, je vous prie, de postuler quelques vérités indiscutables. Comme vous le dites :

    -un musulman n’est pas forcément arabe et un arabe pas obligatoirement musulman ;

    si bien que

    -n’importe quel Français, immigré ou pas, peut-être musulman ;

    donc

    -vouloir « intégrer » un musulman en tant que tel est une atteinte au droit élémentaire d’opinion, d’expression, voire de réunion ;

    -un arabe peut être catholique, protestant, animiste, agnostique ou athée ou tout autre chose

    donc

    - on aboutit à la même conclusion que la précédente ;

    -un juif, en revanche, fût-il catholique, agnostique, athée, musulman ou autre reste juif car le lexique confond le judaïsme et la judaïté. Ainsi, Monseigneur Lustiger, cardinal catholique, entendait que l’on respecte ses origines juives ; Edith Stein, canonisée par les catholiques, mourut en camp de concentration non en tant que catholique mais en tant que juive d’origine ; on peut dire la même chose du poète catholique Max Jacob qui se proclamait « juif breton », mort des suites de mauvais traitements subis en tant que juif à Drancy.

    Vous remarquerez que mon discours est particulièrement entaché d’équivoques. La LICRA ou la Ligue des Droits de l’Homme, parfois sous couvert de laïcité, condamne certains français arabes, musulmans ou non, pour oser dire que les « juifs » commettent des assassinats dans la bande de Gaza. Or, des juifs de la diaspora ne pratiquent plus depuis des générations et n’ont plus rien à voir avec les juifs judaïsants que l’on peut voir à Jérusalem devant le mur des lamentations.

    Si l’on veut vraiment discuter « d’identité nationale », ce que personnellement je trouve d’une utilité très discutable, il faut commencer par poser des définitions précises des réalités et des hommes.

    Un anti-Netanyauh français n’est pas plus antisémite qu’un adversaire de Pinochet pouvait être anticatholique ; je connais des juifs athées beaucoup plus antijudaïques que des catholiques intégristes : ils ne sont pas antisémites pour autant, bien entendu.

    En réalité, ne veut-on pas, tout simplement, gommer les différences pour parvenir à un consensus communautariste bien pratique pour réduire le peuple de France en une unité nationale, immédiatement perceptible à des principes et autres critères sélectifs bien commodes pour mieux le dominer ? Le bon Français contre le mauvais Français…

    Si vous ne l’avez fait, lisez « Rhinocéros » d’Eugène Ionesco. Tout y est !

  3. polikarpov dit :

    L’identité nationale pour moi c’est :
    Le nom,
    Le prénom,
    Sexe :
    Né (e) le :
    à :
    Taille :
    Signature du titulaire :

    Il n’y a ni la religion (Chardonnay, Syrha, Sauvignon, …), ni l’origine (Sagittaire ascendant Lion), ni les préférences (couloir, fenêtre).

    Le reste n’est que gesticulations électorales et surtout un jeu à la con qui consiste à foutre le foutoir là où l’apaisement serait plutôt de mise…Nous avons vraiment des cerveaux à la tête du pays…???!!!

    Je retiens quand même une chose l’uniformité nationale, plus pratique à contrôler et à manipuler et aussi l’oubli des gouvernants au sujet des précarités et des populations mises aux bans de la société.

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