Le patrimoine, encore et toujours

Voici une motion que la Société Archéologique et Historique de l’Orléanais vient tout juste de  voter. La SAHO est une vénérable institution, plus que centenaire. Ce  n’est pas un repère de dangereux gauchistes mais un cénacle de paisibles et respectables érudits. La Société ne fait pas de politique, elle produit de la science. Sa vocation première est de défendre et d’illustrer la culture et le patrimoine local. Le texte qu’elle nous livre est donc particulièrement important dans le débat actuel sur l’avenir de tout un secteur historique de notre patrimoine urbain.

Puisse cet appel à la raison  être lu et médité par nos édiles. Puisse cette évocation des richesses fragiles de notre ville les inciter à les protéger, et les dissuader de les détruire.

Communiqué de la Société Archéologique et Historique de l’Orléanais (SAHO) sur les divers projets de modification de l’urbanisme orléanais intra mails.

 La SAHO depuis sa fondation (1848) a comme but premier « la recherche et l’étude, la description et la conservation » des  vestiges et des documents historiques de l’Orléanais. Elle n’a jamais manqué de donner son avis sur les différents projets d’urbanisme à Orléans.

Elle tient à faire savoir qu’elle émet les plus grandes réserves sur certains projets dits de modernisation qui vont toucher au maillage ancien de la ville.  Ceci à plusieurs titres :

-La ville a obtenu la création d’une Zone de protection de patrimoine architectural urbain et paysager (ZPPAUP) qui comprend tout l’espace dans  le périmètre des mails et une partie de Saint-Marceau, avec une particulière attention portée aux quartier historiques du centre. Ces quartiers historiques comprennent entre autres la partie de la rue des Carmes qui est menacée de démolition. On est en là contradiction avec les documents proposés pour le dossier de ZPPAUP, aux commissions ad hoc et aussi avec les plaquettes diffusées par les mairies de quartier en 2007.

La destruction de la rue au Lin et du rang sud de la rue des Halles n’est pas plus cohérente, même si ce secteur de projet existait lors de la demande de ZPPAUP.

-La ville a défendu avec efficacité sa qualification de ville d’Art et d’Histoire. La démolition des maisons épargnées par les bombardements, dont les qualités sont comparables à celles dont on découvre chaque semaine l’intérêt dans le quartier Bourgogne, est un vrai défi au volet « histoire » du label tant désiré. On peut en dire autant de la zone de la rue des Halles

- Au moment où la ville, ses chercheurs, sa médiathèque et ses musées travaillent à présenter au public Orléans à l’époque de la Renaissance, la disparition du peu qui restait le d’une voie majeure de la « grande accrue » de 1488-1520 ne peut être acceptée sans protestation par la SAHO. Une ville ancienne n’est pas admirable dans ses seuls bâtiments aristocratiques ses églises et ses hôtels particuliers restaurés à grands frais.   

 Orléans où l’on a beaucoup démoli, où la dernière guerre a fait disparaître des quartiers entiers, et que l’on a reconstruite avec vigueur mais aussi une très grande sécheresse découvre, ailleurs que par les gravures anciennes, qu’elle a du charme sur ses quais et dans ses rues d’aujourd’hui. C’est  un des atouts majeurs du Centre ville, ne le gaspillons pas. 

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6 réponses à Le patrimoine, encore et toujours

  1. polkarpov dit :

    « Orléans où l’on a beaucoup démoli, où la dernière guerre a fait disparaître des quartiers entiers ».
    Donc si je comprends bien, la « guerre est un fléau »,
    les destructions passées sont elles mêmes qualifiées de fléaux.
    Peut-on dire que le couple Serge Grouard/Olivier Carré peut être assimilé à un nouveau fléau ?
    Cet humour ne saurait cacher le mal que peuvent faire des édiles en mal de syndrome « Haussmannien « .

  2. minijack dit :

    Si la SAHO avait existé au temps du baron Haussman, nul doute qu’elle aurait émis les mêmes réserves et avec autant de pertinence.
    On aurait pu dire la même chose lorsque cette horrible Tour Eiffel est venue défigurer le vieux Champ de Mars.
    Il reste que sans Haussman ou Eiffel, Paris ne serait pas Paris.
    Je ne sais pas si Grouard peut être assimilé au baron Haussman, c’est seulement l’avenir qui le dira, mais concernant le Centre Ancien et la mise en valeur du patrimoine, on peut déjà le comparer à Viollet le duc !
    Un duc n’est pas l’équivalent d’un baron mais ce n’est pas si mal…

  3. Laudes dit :

    J’aime beaucoup vos leçons d’entretien du patrimoine de la ville. Virage sur l’aile à 90 ° ?

    Les églises d’Orléans, l’hôtel de l’évêché, l’hôtel des Créneaux, l’hôtel Groslot, l’hôtel Cabu, les ravalements dans le centre ville, toutes les écoles élémentaires et tant d’autres, …, qui a mené cette politique ?

    On peut bâtir d’un côté, mais si on n’entretient pas …

    Moi aussi je suis allé à La Source dimanche dernier. Comme à Saran, toute la voirie est à refaire, à moins que cela fasse office de ralentisseur…

  4. Esther dit :

    Viollet-le-Duc… Il a fait des choses intéressantes mais ne lui jettons pas trop de fleurs non plus. Il y a des choses qui ont souffert de son passage et pas qu’un peu. Reconnaissons qu’il a fait des travaux de restauration qui s’imposaient mais que tout ne fut pas une réussite. « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. » écrivait-il… On comprend que Saint-Sernin ait été « dé-restaurée » ! Il en est de même pour Grouard et son équipe : ils ont mené à bien de remarquables chantiers mais ils peuvent aussi se tromper , ils sont humains, que voulez-vous ! Laudes, le faux procès est facile : je ne crois pas avoir entendu Corinne Leveleux-Teixeira critiquer les réalisations que vous mentionnez et elle a toujours souligné, précisément, qu’elles étaient à l’actif de S. Grouard. Si elle pouvait être moins honnête, cela serait vraiment plus simple. Qu’elle essaie d’être moins désagréable et qu’elle cesse de mettre le doigt sur les choses qui fâchent et les contradictions, cela arrangerait vraiment tout le monde (enfin, un certain monde). L’unanimité, « l’union Carré »… Génial ! Il faudrait vraiment penser à lui demander…

  5. CLT dit :

    La vraie question dans ce que dit Laudes est : « Pourquoi la voirie n’est-elle pas entretenue à la Source? »
    Pour Minijack, la SAHO existait déjà à l’époque du baron Haussman.
    A part cela, je n’ai pas compris que le projet Carmes prévoyait la création d’une rue ou la construction de la Tour Eiffel.

  6. Laudes dit :

    @ Esther,

    je partage votre point de vue sur Viollet-le-Duc. Il a sauvé de la ruine complète bon nombre de nos monuments, mais en voulant les « terminer », il est allé bien au delà du travail normal du restaurateur.

    @ CLT : la vraie question est depuis combien d’années la voirie n’a-t-elle pas été entretenue à La Source ?

    Pourquoi la municipalité actuelle a-t-elle été obligée de multiplier par plus que 3 les sommes jusque là consacrées à l’entretien du patrimoine communal ? Pour rattraper un retard certain.

    Et pour résumer, pourquoi n’y avait-il pas un plan pluri-annuel d’entretien permettant de coordonner les travaux et de planifier les dépenses ?

    Dernier exemple de dégradation en date. En faisant doubler le nombre de bus passant par le boulevard Rocheplatte, toute la chaussée, déjà dégradée par les intempéries hivernales, est en train d’exploser. Les piétons se font bombarder de gravillons par les bus !

    Cela fait seulement plus de 15 ans que les entreprises font des trous dans cette chaussée, sans jamais la refaire entièrement (eau, gaz, câble, fibre optique, manifestants, bus qui démarrent en côte, tout y est passé…). Problème : qui est propriétaire de cette voirie, qui concerne deux anciennes nationales ?

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