Ile Arrault, île à rêves

heron1blogJeudi soir 19 mars, j’ai assisté à la réunion publique organisée par la mairie à la salle de la Cigogne à propos de l’implantation du grand équipement sportif (dit « Future Arena ») sur le site de l’île Arrault. On le sait, ce projet, annoncé sans concertation, et toujours pas débattu en conseil municipal (vous savez, l’instance où sont sensées être évoquées toutes les affaires intéressant la ville), mobilise contre lui une grande partie des riverains du lieu  (et pas seulement eux), dans un quartier réputé pour sa tranquillité et sa grande qualité de vie.

L’information délivrée par l’équipe municipale (dignement représentée à la tribune par le marie d’Orléans, l’adjoint aux finances, M. Martin et l’adjoint du quartier Saint Marceau, M. Gainier) a laissé bien des participants sur leur faim. Certains  espéraient peut être fléchir la détermination de la majorité sur le choix du site. Ils ont été déçus. Beaucoup attendaient sans doute des explications claires et des réponses précises sur les questions de circulation posées par le projet, la préservation du site, les nuisances  inévitables liées aux allers et venues de dizaines de milliers de visiteurs, l’accessibilité, le financement et la rentabilité du projet, etc.  Ceux là ont été dépités.

Personnellement, j’ai tout particulièrement apprécié le parallèle audacieux entre Future Arena et le POPB (palais omnisports de  Paris Bercy), qui m’a paru être le degré zéro du procédé rhétorique. Certes, les riverains de Bercy ne se plaignent pas de l’implantation du POPB mais le site est intensément urbanisé depuis la fin du XIXè siècle et il y a belle lurette que les hérons n’y nichent plus. En outre, les problématiques d’une agglomération d’à peine 300 000 habitants, en termes de transports en commun et de potentiels d’utilisation des salles de sports ou de spectacles, ne peuvent être sérieusement comparées avec celles d’une région de plus de 8,5 millions de personnes, dont beaucoup se déplacent en métro et en RER. Parler du POPB à propos de Future Arena, c’est donc aussi peu pertinent que d’évoquer le musée Guggenheim à propos du grand équipement sportif.

Par delà l’âpreté des débats, il me semble que ce dossier est exemplaire à un triple point de vue.

1) sur le plan de la méthodologie municipale d’abord. La ville d’Orléans parle d’autant plus de concertation qu’elle l’a pratique moins. Sans même rappeler ici les épisodes burlesques de la charte de la participation citoyenne, on ne peut qu’être frappé par le fait que ce projet est pour l’instant totalement  piloté hors conseil municipal, c’est à dire hors instance représentative. C’est vraiment le fait du prince. A quoi servent vos élus, mes amis?  A rien! Le maire a même proposé, comme ça, la création d’un mystérieux comité de pilotage, dont on ne sait rien des règles de fonctionement, du rôle ou de la composition. Au fait il n’y a pas un « CMA du CCQ » Saint Marceau? Il ne pourrait pas s’emparer de ce sujet, par hasard? Le projet Future Arena incite donc à s’interroger sur le sens même de la concertation à l’orléanaise: Car enfin, inviter  royalement les citoyens à s’exprimer sur le choix de la couleur des portes quand c’est du bâtiment qu’ils ne veulent pas, est-ce encore pratiquer de la concertation? N’est-on pas plutôt dans une sorte de parodie de vie démocratique? Future Arena, c’est la mascaraditude près de chez vous.

2) Sur la conception même du projet, ensuite. J’ai noté, à plusieurs reprises, dans les propos du maire d’Orléans comme dans ceux de son adjoint aux finances, des syntagmes comme « aménagement d’un site urbain » ou « développement d’un site urbain ». Ces expressions sont révélatrices d’un problème de fond : comment conçoit-on l’île Arrault? Dans l’esprit de nos édiles, il s’agit d’un site urbain à valoriser. Dans l’esprit des détracteurs du projet dont l’opposition municipale, il s’agit d’un site naturel à préserver.  Tout l’enjeu est ici la conservation d’un poumon vert pour Orléans, en harmonie avec le fleuve, indompté, qui la traverse. Pour le coup, si l’on veut reprendre la comparaison avec Paris, ce n’est pas Bercy qu’il faut prendre comme point de référence, mais le bois de Vincennes ou le bois de Boulogne.

La Loire à l'île Arrault

3) Sur l’appréhension globale du projet, enfin. Encore une fois, la municipalité donne l’impression de penser partiel au lieu de réfléchir global. Un projet de grand équipement de 10 000 places doit être conçu a l’échelle de l’agglO et non de la seule ville d’Orléans. Le paramètre des transports en commun doit être un élément décisif dans le choix de l’implantation, puisque, comme l’a fait remarquer l’un des participants à la réunion, Future Arena a vocation a rayonner sur l’ensemble du département et qu’il n’est pas raisonnable de demander aux habitants de Montargis de venir en tramway.

Face à ces incohérences l’heure est donc plus que jamais à la mobilisation collective, puisqu’à Orléans, la concertation est un sport de combat.

Depuis le 16 mars dernier, une association s’est constituée : L’association de défense de l’Ile Arrault destinée à protéger le site de l’Ile Arrault et les bords de Loire afin de leur conserver leur caractère d’espace vert. Son site est le suivant : http://ilearrault.blogspot.com

Il s’agit d’une association qui regroupe des citoyens désireux de protéger leur quartier, et, plus largement, de conserver à leur ville un site naturel magnifique.

Tous les Orléanais devraient se sentir concernés par cette question. Car l’île Arrault, c’est un peu de l’âme de leur cité.

PS: J’ai emprunté les photos qui illustrent cet article à Jean-François Grossin. Jean François  a le blog le plus beau de l’agglO. Ses photos d’Orléans sont tout simplement MA-GNI-FI-QUES. A voir absolument : http://orleanspassion.spaces.live.com/

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11 réponses à Ile Arrault, île à rêves

  1. jean du MoDem dit :

    « Ses photos d’Orléans sont tout simplement MA-GNI-FI-QUES. ».
    Est-ce l’unique vérité de l’article?

  2. minijack dit :

    @Jean du modem.
    Je te trouve dur avec Baptiste. Il y a tout de même d’autres vérités dans cet article.

    Personnellement, je ne suis pas sûr que le choix de l’ïle Arrault soit le meilleur… Je ne dirai pas non plus que c’est un mauvais choix. C’est un choix. Il est discutable et il aurait pu y en avoir d’autres, tous aussi discutables comme notamment l’autre île, Charlemagne.

    Ce ne serait pas mieux au point de vue écologique, pas plus que pour la desserte par les transports en commun mais ce serait mieux pour les voitures.

    Sur le fond, tout ça est discutable. Je ne crois pas que la gauche ait raison parce qu’elle est la gauche, ni que Grouard ait raison parce que c’est lui.
    L’idée est lancée, elle est très certainement modifiable, mais il fallait bien qu’elle soit lancée d’abord pour avoir une base de discussion.
    Et elle peut sans doute être modifiée, précisément par cette « concertation » que nie Baptiste de façon trop « politicienne. C’est une autre vérité.

  3. minijack dit :

    Marrant.. je me suis trompé de blog ! je me croyais sur « place de la république », et je ne m’en suis aperçu qu’après avoir cliqué sur envoyer…
    ;c)
    bof, c’est du pareil au même !

  4. quel pub ! merci, moi très fiert !
    je suis rouge de confusion
    remarque j’ai toujours été un peu « rouge »…sans confusion

  5. colin MESPLES dit :

    Salle de la cigogne pour moi ,c’est un héron ?

  6. BCT dit :

    Ce qui est à souligner c’est justement cette manière de faire croire à tout le monde qu’il y a concertation !

    Corinne, j’ai vu plus d’un projet, notamment militaire (implantation), qui ont capotés à cause d’une grenouille rare ou d’un papillon en voie d’extinction….

    Au fait qui a choisi le nom ?
    A-t-on vraiment besoin de ce « machin » ?
    Est-ce que le fleuve royal va s’en remettre ?
    Et l’UNESCO dans tout ça ?

  7. Circé dit :

    Petit défi sur l’Europe…
    A voir sur mon blog (Désolée, je ne me vois pas recopier tout le texte)
    http://circe45.over-blog.com/article-29426500.html

  8. Jean-Christophe Haglund dit :

    Longtemps je me suis couché de bonne heure, sur un transat, pour contempler, depuis mon appartement du quai Madeleine, la Loire et l’Ile Arrault, et je n’imaginais pas que l’image de quelque Arena se substitue à la réalité du sable de Loire.
    Habitant aujourd’hui Olivet, j’aime encore cette levée près de l’hippodrome d’où l’on voit au Nord une bonne part d’Orléans et je comprends l’émotion des habitants du quartier à l’idée de ce qu’ils perdront inéluctablement, quelle que soit la qualité architecturale du projet envisagé. Mais ce qui me surprend le plus, c’est la façon dont ce « grand équipement sportif » a été baladé, de projet en rumeur, et d’article en démenti, depuis des mois, de commune en quartier. Ce devait être au Nord, à Saran, ou à Olivet, près de la bretelle de l’autoroute, puis à Orléans, ici, là ou encore ailleurs. Quand l’hypothèse olivetaine semblait tenir la corde, ne croyez pas cependant que l’opinion locale ait été plus informée et consultée, ni que les commissions ou le conseil municipal en aient davantage débattu! Et pourtant, H Saury et S Grouard avaient bien dû en parler… Et pourtant, J-M Pellé, l’adjoint olivetain aux finances est (ou a été) fort au courant des projets liés au basket dans l’agglomération… L’impression majeure, c’est que le maire d’Orléans s’est entiché d’une idée, sans qu’on sache si ce qui domine c’est la réponse à un besoin ou le souhait de marquer l’opinion par une réalisation aussi visible que possible, c’est que l’AgglO, en la matière, ne joue aucun rôle et que les manants, d’ici ou d’ailleurs, sont mis devant le fait accompli.
    Je ne sais pas si le site de l’Ile Arrault doit être à tout prix préservé de toute urbanisation, mais ça mérite quand même qu’on y regarde à deux fois. D’autant plus que s’il s’agit de faire converger vers une future arène, les milliers de gens qui souhaitent, par exemple, en voir d’autres loger des balles dans des paniers, il paraît bien plus sage d’implanter le grand équipement là où les espaces de parking sont nombreux et là où les transports en communs sont multiples et proches… à Orléans, à Olivet et pourquoi pas, comme c’était initialement prévu, à Saran!

  9. FV dit :

    - Si j’ai bien compris, la municipalité a récemment lancé un appel d’offres pour désigner un chef de projet du Grand Complexe Polyévènementiel (que je me refuse à nommer Grand Equipement Sportif, ce qu’il sera très peu) de M. Grouard, mais pourtant, il y a quelques semaines, il affirmait que rien n’était encore décidé. Là, on a l’impression que le projet est déjà bien avancé, du moins dans la tête de nos élus à défaut d’être sur le papier. On a surtout l’impression d’une précipitation qui occulte les problèmes à venir puisque la mairie se dérobe à chaque discussion sur ce sujet. On réalise d’abord, on s’occupera des problèmes après et on laissera les nuisances aux riverains. Merci !
    – Si j’ai bien compris, M. Grouard suppose que les futurs spectateurs viendront à pied à partir de leur domicile ou de la station de tramway la plus proche (certains viendront peut-être en vélo), mais pourtant il suffit de passer à côté du Zénith (6 500 places au maximum) pour se rendre compte que, certains soirs de manifestations, les parkings et les rues proches sont encombrés, alors qu’il y a un arrêt de tramway à 50 m. Les spectateurs se refuseraient-ils à suivre les conseils du maire et répugneraient-ils à pratiquer un peu d’exercice physique ?
    – Si j’ai bien compris, la surface totale (si le projet arrive à son terme) de ce grand monument et de ses annexes n’occupera que 2 à 3 ha sur les 10,5 ha que l’hippodrome occupe actuellement sur l’Île Arrault (et M. Grouard considère que son estimation est volontairement excessive). Mais il faudra bien un jour régler le problème, pourtant prévisible, de la circulation et du stationnement des véhicules des spectateurs, des artistes, des employés, ainsi que celui des cars de supporteurs et des semi-remorques de matériels (costumes, accessoires, sonorisation, éclairage, etc.). A ce moment-là, il faudra bien prendre sur ce qui reste d’espace vert à l’Île Arrault. Je prévois sans mal que, lors d’un 3ème mandat ou du 1er de son successeur (lequel ne sera pas tenu par les promesses de son prédécesseur), « on » feindra de découvrir le problème et de se déclarer « obligé » de bétonner ou de goudronner encore plus. L’Île Arrault, en tant qu’espace de liberté et de nature, aura vécu.
    – Si j’ai bien compris, M. Grouard a porté son choix sur le site de l’Île Arrault qui lui semble, non pas le meilleur, mais le plus emblématique pour SON projet. Pourtant, un bâtiment à l’architecture résolument moderniste, sans lien avec l’architecture ligérienne, a-t-il vraiment sa place dans un tel lieu de verdure et de liberté ?
    – Si j’ai bien compris, ce monument sera dédié au sport, aux manifestations commerciales, aux réunions politiques et, principalement, aux spectacles musicaux, Pourtant, le sport ne remplit le Zénith que 4 ou 5 fois par an (sauf erreur) et il faut bien se rendre compte qu’Orléans est à l’écart des circuits des artistes censés pouvoir attirer 10 000 spectateurs. En effet, Orléans est en dehors des trajets Paris-Bordeaux-Madrid et Strasbourg-Lyon-Marseille-Barcelone. Cela a-t-il réellement un sens de s’équiper d’une si grande salle pour un hypothétique remplissage ?
    – Si j’ai bien compris, la mairie compte sur ce projet pour redynamiser l’économie d’une ville qui s’endort et réveiller un quartier trop paisible. Mais, malgré les réticences manifestées par les riverains, et par des non-riverains, à le suivre, M. le maire considère certainement que les nuisances imposées aux premiers (pourtant électeurs) sont de peu d’importance pour arrêter son « grand œuvre », transformer le béton en or.
    – Si j’ai bien compris, une grande majorité du quartier Saint-Marceau serait favorable au projet et à son emplacement sur l’Île Arrault. Mais il faut bien voir que Saint-Marceau est constitué de deux sous-quartiers séparés par la RN 20, l’un à l’est avec ses habitations regroupées autour de l’église Saint-Marceau, l’autre à l’ouest autour de la salle Jean XXIII et jouxtant Saint-Pryvé-Saint-Mesmin. Les premiers, constituant la grande majorité du Comité de Quartier, y sont favorables puisqu’ils n’en subiront aucune gêne. Les autres devront-ils faire sécession et créer un quartier indépendant pour se faire entendre ?
    – Si j’ai bien compris, ce monument devra également manifester l’ambition d’une ville-capitale régionale et de son député-maire. Mais d’ambition, ce projet manifeste surtout que le maire en a trop ou trop peu. Trop car, à l’évidence, la capacité du bâtiment est excessive pour une ville moyenne comme Orléans (agglomération et villes voisines comprises). Un 2ème Zénith devrait suffire à proximité de l’actuel ou, mieux, au nord de la Loire. Trop peu car, si la mairie veut qu’Orléans joue dans la cour des grandes villes (comme Montpellier, Toulouse, Strasbourg, Bordeaux, etc,), ce projet manque d’envergure et le site (y compris la zone Famar) se révèlera trop petit lorsqu’on sera forcé d’y adjoindre des surfaces commerciales (hôtels, restaurants, bars, magasins de sport, etc.), des parkings, des entreprises, etc. Pourquoi ne pas étudier, dès maintenant (quitte à prendre 2 ou 3 ans de retard, quitte à abandonner le projet s’il se révèle irréalisable), un véritable complexe dévolu aux sports, aux spectacles, aux salons, etc. ? Le site d’un tel ensemble ne pourrait être celui, trop exigu, de l’Île Arrault, sauf à prévoir d’exproprier grand nombre de ses riverains.
    – Si j’ai bien compris, les sites concurrents, les Montées et Saran (y en avait-il d’autres ?), ne satisfaisaient pas les exigences municipales (quelles étaient-elles ?). Pourquoi refuser d’étudier ces solutions ? Présentent-elles un problème politique ou environnemental ? Pourquoi refuser d’admettre son erreur et d’abandonner le projet ?
    – Si j’ai bien compris, le futur monument (où qu’il soit placé) est déjà baptisé Arena. Mais est-ce bien choisi ? Ce nom rappelle trop les arènes romaines et celles des courses de taureau. Ou s’agit-il de copier ce qui se fait ailleurs ? Pourtant, la mairie pourrait faire preuve d’imagination en lançant un concours pour trouver un nom de baptême à son enfant.

  10. minijack dit :

    Et comment pourrait-on faire seulement l’étude d’un projet sans un « chef de projet » ?
    Il est naturel et dans l’ordre des choses que l’on commence par en recruter une !
    Après, qu’on s’aperçoive qu’il y a des choses à modifier pour la faisabilité, c’est justement le rôle du chef de projet que de le souligner.

    Pour l’instant, je ne peux qu’approuver l’idée d’une grande salle omnisport à Orléans. De la même manière qu’à une époque on pouvait trouver pas très opportune la construction d’un Zénith, on peut aussi trouver que ce projet ne l’est pas. Dans la mesure où la ville est appelée à se densifier et à prendre de l’importance par le rayonnement que se doit d’avoir une capitale régionale, il est normal d’avoir de tels projets.

    Le nom… bah pourquoi pas ?

  11. michaux dit :

    peut etre vont ils le baptiser éco-équipement comme l’autoroute A19 ou équipement de l’arbre comme l’A77

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