Dies irae dies illa

En principe, ce blog est consacré aux affaires d’intérêt municipal et je m’étais  fixé comme règle, en le commençant,  de ne pas sortir du périmètre orléanais, ou du moins de celui, un peu plus vaste, de l’agglomération orléanaise. Néanmoins, toute règle comporte des exceptions et certaines réformes annoncées ou en cours (suppression du juge d’instruction, atteinte au droit d’amendement des parlementaires), tout comme certaines affaires visant des journalistes, le recours croissant au délit d’outrage, la mise sous tutelle de l’audiovisuel public ne peuvent qu’inciter les citoyens à s’interroger sur les menaces qui pèsent sur les libertés publiques et donc pousser la blogueuse orléanaise que je suis à dénoncer cette forme inavouée de bonarpartisme tranquille.

Or la semaine qui commence demain devrait permettre de mesurer l’intensité des refus collectifs, en voyant s’exprimer la convergence des mécontentements. « L’appel des appels », publié dans le numéro de vendredi de Libération rend fort bien compte de cette accumulation d’exaspérations, née d’une fuite en avant réformatrice, réalisée sans concertation et sans réflexion, au nom d’une exaltation pathologique de l’action (il faut toujours « faire quelque chose ») servie par une communication forcenée qui sert de cache sexe à l’idéologie libérale la plus dure.

Pour ma part,  je suivrai donc le mot d’ordre de grève lancé pour jeudi prochain et je joindrai ma voix à celle des manifestants outrés par le mépris, la bêtise et la dogmatique obtuse de nos gouvernants.

Je le ferai avec d’autant plus de rage, que j’appartiens à un corps, celui des professeurs d’université, dont le gouvernement actuel ignore tout, mais dont il entend néanmoins régenter le fonctionnement avec une brutalité sans précédent. Surtout, il opère ses intrusions successives dans la porcelaine universitaire non en vue de l’intérêt général, mais pour se conformer à des objectifs comptables à courtes vues. La logique qui inspire l’actuelle inepte réforme du statut d’enseignants chercheurs repose sur deux piliers majeurs : la mise en concurrence des individus contre les individus ou la lutte de tous contre tous (c’est ce que Hobbes appelle « l’état de nature »), d’une part;  la recherche d’économies budgétaires d’autre part.

Les coûts qu’elle induit sont l’exacerbation des tensions au sein des établissements d’enseignement supérieur (vous imaginez l’ambiance lorsque votre salaire et vos obligations de service ne sont plus fixés statutairement mais dépendent du bon vouloir d’un de vos chers collègues) au détriment de l’unité du corps, la majoration du rôle du président d’université, au détriment du principe d’égalité qui préside au fonctionnement des universités depuis le Moyen Age (l’universitas = la communauté des égaux), la dévalorisation de la fonction d’enseignement au détriment des étudiants, la baisse mécanique du temps dévolu à la recherche, au détriment de l’excellence académique. Et comme cela ne suffisait pas, non content de s’attaquer à l’université, Sarkozy nous a promis, pour faire bonne mesure, la disparition du CNRS pour 2009.

L’université, comme l’hôpital, le palais de justice, l’école, n’est pas une entreprise privée; les universitaires ne sont pas des managers et nos étudiants ne sont pas des clients. Au demeurant, on ne mesure pas l’efficacité d’un service public avec une calculette simplement en additionnant des profits et en soustrayant des coûts.

Enfin, et sans doute est-ce le plus important,  la refonte de notre statut menace notre bien le plus précieux, notre indépendance, notre liberté, notre TOTALE  liberté. C’est pour la préserver que nous nous battons aujourd’hui, tous unis, de droite comme de gauche. Parce que nous estimons que cela n’est pas négociable.

Pour permettre à tous de se faire une idée de la situation, je vous reproduis, ci dessous, le texte d’un appel paru dans Le Monde du 6 janvier dernier.

No pasaran!

alma-mater

« Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche vient de diffuser un projet de décret sur le statut des universitaires qui concrétise la loi sur la responsabilité des universités (LRU) – d’autonomie des universités d’août 2007.Deux réformes majeures sont prévues. D’une part, la possibilité d’une modulation des services d’enseignement est introduite en fonction de l’intensité et du niveau de la recherche de chaque universitaire : avoir une activité de recherche « soutenue » permettrait d’enseigner moins ; ne pas remplir cette condition exposerait à devoir enseigner plus. D’autre part, l’essentiel du déroulement de la carrière (recrutement, avancement, octroi de primes ou de congés sabbatiques et modulation des services) est confié à l’instance universitaire locale, vidant de sa substance le statut de fonctionnaires d’Etat maintenu par le décret pour les professeurs et maîtres de conférences.

Les signataires du présent texte proviennent de disciplines diverses, leurs opinions politiques, leurs appartenances syndicales sont variées, mais ils sont unanimes à considérer qu’un tel projet est, en l’état, inacceptable. Ils ne se mobilisent pas seulement pour défendre leur statut et leurs droits, mais aussi parce que, demain, si les réformes annoncées s’appliquaient, le service public auquel ils sont attachés en serait affaibli, et les premières victimes en seraient ses premiers usagers, les étudiants qu’il leur incombe de former.

Ce projet est d’abord inacceptable parce qu’il repose sur une logique de défiance à l’égard des universitaires, suspectés de ne pas accomplir correctement leur double tâche d’enseignement et de recherche. Faire dépendre le service d’enseignement de critères d’évaluation de la recherche – pour l’instant incertains -, c’est risquer d’assimiler l’activité noble qu’est l’enseignement à une sanction. Cela revient en tout cas à introduire entre les deux missions des enseignants-chercheurs une hiérarchie : ou bien un bon enseignant n’a nul besoin de s’adonner à des recherches, ou bien un chercheur peu productif suffit à faire un enseignant performant.

Ce projet est ensuite inacceptable parce que, à supposer qu’on admette le principe d’une modulation des services liée à une évaluation permanente de l’activité de recherche, les modalités proposées pour cette modulation ne garantissent nullement contre l’arbitraire. Le pouvoir de décision serait en effet aux mains du président d’université (ou du directeur d’établissement) et du conseil d’administration, le second étant conçu par la loi LRU comme un instrument du premier.

Le projet de décret accentue les effets nocifs de la loi LRU, qui a concentré tous les pouvoirs aux mains des présidents d’université. Or dans les universités des pays comparables, si le pouvoir de gestion est entièrement confié à la présidence conçue comme une instance administrative, celle-ci ne détient pas légitimement le pouvoir académique, qui relève des universitaires. En outre, compte tenu des contraintes budgétaires, rien ne garantit que la modulation ne soit le cheval de Troie de l’augmentation du service d’enseignement.

Ce projet est enfin inacceptable parce que, en vidant de son contenu le statut de fonctionnaires d’Etat des universitaires, il porte une grave atteinte aux libertés académiques sans lesquelles il n’y a pas d’universités dignes de ce nom. Depuis des années, le ministère de l’enseignement supérieur s’attaque à la ressource la plus précieuse de l’universitaire : son temps d’autonomie. C’est grâce à lui qu’il peut féconder son enseignement par ses lectures, ses recherches, ses échanges avec d’autres spécialistes, en France et à l’étranger.

Le projet de décret poursuit méthodiquement cette traque de deux manières. D’une part, il vise à transformer l’universitaire en un « employé de l’université » bon à tout faire : non seulement de l’enseignement et de la recherche, mais aussi de la direction d’unités de recherches, de l’ouverture vers l’international, de l’orientation professionnelle, du tutorat, de la levée de fonds, de fonctions d’intendance ou de secrétariat pour lesquelles le personnel administratif qualifié n’est pas assez nombreux. D’autre part, ce texte méconnaît le principe pour lequel le statut de fonctionnaire d’Etat a été conféré aux universitaires : pour garantir leur liberté. Celle-ci est la condition essentielle du développement de leur vocation : associer l’enseignement à la recherche dans un cadre serein et approprié.

Si l’assimilation bureaucratique de l’université à une « entreprise », et de l’enseignant-chercheur à un « employé » comme les autres, ne s’arrête pas, tout le monde y perdra. Non seulement les universitaires, incités à déserter une institution de plus en plus hostile, mais aussi les étudiants, exposés à voir diminuer la qualité de leurs formations en raison de la fuite, déjà entamée, de leurs meilleurs enseignants, et enfin l’université elle-même. Les réformateurs veulent à tout prix normaliser vers le bas une institution qu’ils comprennent mal et à laquelle ils sont étrangers. Rien d’étonnant à cela : ceux qui tiennent la plume du ministre et donc, de facto, celle du pouvoir législatif et du pouvoir réglementaire, sont justement ceux qui ont troqué la toge d’universitaire contre l’habit de conseiller du Prince.

Le ministère n’a jamais été aussi dirigiste que depuis qu’il prétend octroyer aux universités leur autonomie. Il serait grand temps qu’il daigne écouter les universitaires, c’est-à-dire ceux qui « sont l’Université », comme le disait si justement Simon Leys. Ils lui diront le fossé abyssal qui existe entre les beaux discours sur l’excellence, ou encore sur le pari de rendre attractives les universités françaises, et la réalité qui se dessine déjà : celle d’universités abandonnées au féodalisme et au clientélisme d’administrateurs locaux.

Loin d’être partisans du statu quo, nous sommes les mieux placés pour connaître l’ampleur des problèmes rencontrés par l’université et l’urgence de les résoudre. Mais en raison du déséquilibre manifeste qui est ici introduit entre les obligations (étendues) et les droits (restreints) des universitaires, nous demandons au ministère de suspendre la procédure d’édition de ce décret et de procéder à des amendements importants, de façon à redonner à ce statut l’équilibre grâce auquel il est une garantie institutionnelle au profit non seulement des universitaires, mais de l’université. »

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35 réponses à Dies irae dies illa

  1. Bernard Bonnejean dit :

    Merci, Corinne, pour ces textes qui montrent que chez certaines l’esprit de synthèse peut fort bien s’allier à l’esprit d’analyse. Croire le contraire relève de la pure fantaisie, sinon d’un préjugé misogyne tenace.

    Commençons, si vous le voulez bien, par quelques remarques qui permettront de recadrer cette question assez douloureuse.

    Comme beaucoup de collègues de l’enseignement supérieur et de lycée, j’ai hué M. Devaquet et son projet de réforme. Avouez Corinne que si l’Education Nationale n’est pas le mammouth irréformable blâmé par l’autre, il n’en est pas moins vrai que le seul fait d’émettre un avis sur cette institution constitue en soi un crime de lèse-majesté.

    Aujourd’hui que je suis moins concerné, j’avoue que Devaquet avait raison. Il est hors de question de faire de chaque jeune Français un sujet d’élite. L’égalité des chances n’induit pas – comme on a fait semblant de le comprendre et comme certains ont eu l’hypocrisie démagogique de la présenter aux parents – que tous sont aptes à suivre des études supérieures, à réussir les examens, à rejoindre l’élite sociale, intellectuelle et économique de la Nation. Proposer un concours d’entrée en faculté ne me semble plus du tout aberrant, en tout cas moins que de voir le scandale actuel dont on a peine à concevoir la réalité.

    Que veux-je dénoncer par « scandale » ? Les amphithéâtres bondés, d’abord. Le même problème, toute proportion gardé, que celui des prisons. De deux choses l’une : ou bien l’on condamne moins vite et moins arbitrairement, ou bien l’on construit ; ou bien l’on a le courage de refuser des candidats en première année de fac, ou bien l’on construit. Attention, car le fait de vouloir bâtir suppose de la part de nos gouvernants une certaine conception de l’avenir, réfléchie et cohérente. A quoi servirait de bâtir de nouveaux locaux, d’engager de nouveaux profs si c’est pour imposer un numerus closus comme en Allemagne ? Je crois de plus en plus sérieusement que nous serons obligés d’en arriver là.

    Le deuxième scandale, non moins important, est le problème du logement et de tout le contexte financier parauniversitaire. Un étudiant doit aussi manger, dormir, et, si possible, étudier dans de bonnes conditions une fois rentré chez lui. Vous le savez, Corinne, il est de jeunes étudiantes qui se prostituent pour pouvoir payer, moins leurs études, que la possibilité matérielle de les mener à bien. Il est de jeunes étudiants qui ne peuvent s’alimenter qu’une fois par jour, à condition que le R.U. n’ait pas trop augmenté. Il est de jeunes étudiants qui travaillent dur la nuit pour avoir le droit d’assister au cours le lendemain, etc.

    Alors Corinne, quand vous dites « L’université, comme l’hôpital, le palais de justice, l’école, n’est pas une entreprise privée ; les universitaires ne sont pas des managers et nos étudiants ne sont pas des clients. Au demeurant, on ne mesure pas l’efficacité d’un service public avec une calculette simplement en additionnant des profits et en soustrayant des coûts »
    j’en suis désolé, mais au risque de paraître renégat à une profession que j’ai aimée, je m’inscris en faux. La culture aussi, ça coûte. Cher ! Une de mes nièces, excellente en dessin, a fini en AES, et aujourd’hui commerciale en produits d’assurances pour Carrefour, uniquement parce que les exigences de ses professeurs étaient à un tel niveau qu’il eût fallu multiplier le salaire de mon frère par plus de deux…

    A ce propos, il ne faut pas me raconter d’histoire. Combien en ai-je connu de ces collègues de gauche, SGEN-CFDT, qui avaient en horreur les prépas lorsque leurs enfants étaient petits ! Eh bien! ils y sont à peu près tous allés : khâgne ou l’équivalent matheux ; beaucoup sont allés à l’ENS et ont fini par décrocher l’agrégation.

    Comme minijack, que je salue au passage, je suis un autodidacte. A dix-huit ans, avec le baccalauréat passable 1968, j’étais professeur de collège dans l’enseignement privé. J’ai gravi les échelons, un à un, payant mes études avec mon salaire. A ce prix, je fais partie des 6% de fils d’ouvrier qui ont gravi les degrés du cursus, vaille que vaille, parfois laborieusement. L’époque était à ce que vante Jacqueline de Romilly et Simone Weil : l’émulation. Serait-ce aujourd’hui possible ?

    Toujours est-il que je n’éprouve aucune jalousie vis à vis de ceux qui sont nés bottés. De ces jeunes agrégés de 21 ans, bientôt docteurs, qu’on va envoyer dans nos collèges, lycée ou fac, bardés de diplômes, mais tellement piètres pédagogues que même si la recherche progresse grâce à leurs travaux leurs étudiants n’en tireront aucun bénéfice.

    Combien a-t-il coûté à l’Etat, ce professeur de grec classique, qui séchait régulièrement ses cours pour cause de conférences ou de colloques ? Sa spécialité : le locatif indo-européen !!!

  2. BCT dit :

    Une catastrophe annoncée « où le monde sera réduit en cendres »…
    Comment faire comprendre que tout n’est pas du « négoce » ?
    Tout ce qui ne sert à rien doit disparaitre…
    Tant que nous seront dirigés par des « marchands » nos « Lumières » seront veilleuses…

  3. Fansolo dit :

    Finalement, il est bien ce petit Sarkozy… Pensez donc : le type qui le remplacera dans 3, 5 ou 8 ans a toute les chances de nous procurer le même effet jouissif que le gugusse qui vient de remplacer le pire président des Etats-Unis. Comment s’appelle-t-il déjà ? Arrrh, son nom m’échappe…

  4. Bernard Bonnejean dit :

    D’accord avec vous, BCT, mais jusqu’à un certain point.

    Monsieur, ça sert à quoi la poésie ? A rien ? Supprimons les poètes.

    Ridicule, je suis d’accord. Sauf que le poète vivant exerce ses talents avec ses recueils, ses conférences, ses animations dans les écoles etc. Il ne demande rien à l’Etat, en principe, sauf peut-être qu’on explique un minimum de choses sur son art dans des endroits spéciaux qu’on appelle des écoles et des universités.

    Je ne parle que de mon domaine de prédilection, la littérature. Mais lorsqu’il s’agit de recherche scientifique, la gratuité de l’acte ne peut plus avoir cours. Quel Etat, quel entreprise permettrait aujourd’hui qu’on payât un chercheur sans aucune attente (je ne dis pas « garantie »)de résultat ?

    Admettriez-vous, BCT, qu’un étudiant fraîchement émoulu d’un BTS ne possède pas le minimum vital dans sa langue maternelle au point de ne pouvoir rédiger ni CV ni lettre de motivation ? En tout, il faut considérer la fin. Et la fin, BCT, c’est de gagner sa croute !

  5. CLT dit :

    Ben oui, cher Bernard, mais les chercheurs sont déjà évalués, surévalués, hyper évalués. On en crève même des évaluations. On fait des rapports pour être évalués, et après on rédige des rapports pour évaluer les autres. Et on évalue les évaluateurs. Vendredi j’ai évalué le master d’une université de Lille; la semaine prochaine j’évaluerai des collègues; entre temps j’aurais évalué mes étudiants. Et bientôt je remplirai un dossier d’évaluation pour avoir une promotion. Ainsi va l’université.
    Et tout ça pour quoi?
    C’est quoi la rentabilité d’une idée?
    C’est quoi l’intérêt des études médiévales, auxquelles je me livre quand je ne m’occupe pas des affaires d’Orléans? En quoi mes articles sur le serment chez les canonistes au XIVè siècle vont-ils avoir une influence sur le business mondialisé?
    Ce n’est pas en termes de rentabilité qu’il faut évaluer les productions de l’esprit.
    Athènes au Vè siècle : combien de tonnes de charbon? Combien de stock options? C’était combien le ticket d’entrée pour réfléchir avec Platon et se promener avec Aristote?
    L’université, en plus de former des jeunes gens à réflechir, produit du savoir, fait reculer les ténèbres de la bêtise, donne du sens, travaille à la civilisation des hommes (au sens premier du terme: rendre « civil »). Que demandent les universitaires pour cela? De l’argent? Que nenni! Du pouvoir? Vous n’y êtes point! Des honneurs? Ils n’en ont cure! Non, ce que veulent les universitaires pour travailler et avancer c’est du TEMPS! Du TEMPS et encore du TEMPS! Et la liberté intellectuelle d’en profiter.
    Et qu’on arrête de les em…. avec ces réformes stupides sorties du cerveau malade de gouvernants incultes.

  6. minijack dit :

    Selon Hobbes, si j’ai bien lu, « le passage de l’état de nature à l’état civil » revient à passer du chaos à un ordre hiérarchisé.
    C’est bien là une proposition de socialiste pour qui l’Etat doit tout régenter.

    On peut effectivement concevoir « l’ordre » comme ultime état de civilisation, mais est-ce bien le respect de la vie ?
    Car la vie d’une Société humaine n’est pas celle d’une fourmilière dans laquelle chaque fourmi travaille et meurt pour la cause commune… C’est au contraire la juxtaposition, par une complémentarité acceptée, de toutes les vies individuelles qui la composent.
    Et de ce fait, c’est plutôt le chaos qui doit régner pour laisser à chacun toute latitude de mouvement et d’initiative. Car le chaos n’est pas stérile, au contraire ! C’est toute l’effervescence engendrée par ce chaos qui stimule les imaginations individuelles et produit les inventions, donc le progrès, dont chacun peut ensuite bénéficier.

    La civilisation n’a pour objet que de « réguler » les excès, certainement pas d’étouffer cette effervescence par un égalitarisme imposé…
    Et c’est là que nous divergeons sans doute ?

    Si vous avez lu un peu plus loin que le concept d’ « état de nature », vous avez dû trouvé celui de « théorie du contrat » qui résume parfaitement notre moderne démocratie. « plus que le consentement ou la concorde, il s’agit d’une unité réelle de tous en une seule et même personne, faite par convention de chacun avec chacun »… En somme, l’élection d’un « Souverain » au suffrage universel. ;c)

    Le « souverain » on l’a. Il s’appelle Sarkozy. On l’apprécie ou pas, c’est une autre affaire mais à présent, si on veut revenir sur le résultat de cette élection par la voie de la rue, il vous faut changer de maître-philosophe…

    Cette petite mise au point faite, je ne dis pas que la réforme envisagée pour l’Université soit du meilleur cru et je comprends parfaitement qu’on la discute. Pour autant, faut-il mettre tout le monde dans la rue ?

    Vos arguments (en tout cas ceux déployés dans l’appel que vous citez) ne sont pas convaincants pour le citoyen lambda que je suis.
    Il n’est pas objectif de considérer que tous les profs et tous les chercheurs se vaudraient, et que si l’on est bon chercheur on doit obligatoirement être bon pédagogue et enseignant ou réciproquement, de même qu’un mauvais chercheur ou un malchanceux serait obligatoirement un mauvais enseignant.
    Or, si les deux sont effectivement indissociables, il n’en reste pas moins que nous avons besoin des meilleures performances dans les deux secteurs d’activité, faute de quoi la mondialisation rattrapera très vite le peu d’avance que nous pourrions encore avoir sur d’autres.
    Au sein de cette Université que vous semblez porter au pinacle de la société, il y a donc des nuances à apporter et des équilibres à trouver.
    Comment les déterminer autrement que sur les résultats ?…
    L’Université ne doit pas être considérée comme une sinécure où l’on est assuré d’aller jusqu’à la retraite. Elle est là pour être performante.
    Aux chercheurs et profs d’en trouver le moyen, peut-être en proposant d’autres critères de sélection, pourquoi pas, mais il m’apparaît clair que jusqu’à maintenant, comme disait Coluche : « des chercheurs on en trouve mais des trouveurs, on en cherche !. »

    Les plus grandes découvertes de l’humanité et même les plus grandes innovations modernes ne sont que très très rarement le fait de chercheurs issus de l’Université ou du CNRS. Ce sont bien plus souvent des trouvailles de petits génies travaillant seuls dans leurs garages.
    Et quand par bonheur le CNRS a en a un dans ses murs, tel Jean-Pierre Petit pour nommer quelqu’un que tout le monde connaît, on l’écarte bien vite de la Nomenklatura pour qu’il ne trouble pas la quiétude des autres… J’aurais aussi bien pu parler de Félix Trombe ou d’un tas d’autres dont on a singulièrement méprisé les inventions et découvertes qui, à leur époque, nous auraient conféré des avancées industrielles importantes.

    Notez que je n’ai à aucun moment parlé de « rentabilité mercantile » mais uniquement de « performance » de travaux intellectuels,
    la mise en application ultérieure étant le domaine de l’entreprise.

  7. CLT dit :

    C’est bien la première fois que j’entends quelqu’un qualifier Hobbes de socialiste. Mais passons.
    Je pense que vous n’avez pas copmpris l’enjeu de ce qui se joue ici. Il ne s’agit évidemment pas de refuser la performance : les chercheurs, cher monsieur, sont déjà évalués chaque année et parfois plusieurs fois dans l’année. Ce sont même de très loin les agents de la fonction publique qui sont le plus évalués. Ce n’est donc pas l’évaluation qui est en cause. Il s’agit de ne pas dire n’importe et de tout mélanger. Ce sont les modalités de l’évaluation et les conséquences qu’on entend lui faire produire qui posent problème. On ne peut pas mesurer le travail d’un chercheur comme celui d’un producteur de légumes. Et ce n’est pas en alourdissant sans cesse la barque des universitaires (en supprimant des postes, en leur créant de nouvelles « missions ») qu’on va augmenter leurs performances.
    Savez vous seulement comment fonctionne une université? Avez vous une idée du nombre de tâches supplémentaires qui ont été créées en seulement 10 ou 15 ans et qui s’imputent toujours plus sur le temps de recherche. Comment osez vous parler de sinécure? Demandez à mes filles si leur mère se tourne les pouces.
    D’autre part, la réforme du statut d’enseignant chercheur est une supercherie : elle n’est destinée qu’à réduire les déficits de l’Etat, non à améliorer la productivité de la recherche publique, dont le gouvernement se contrefiche. Le but du jeu, c’est de payer moins les universitaires, pas de leur permettre de travailler mieux. Alors par pitié, au moins, ne faites pas semblant d’être dupe!

  8. Bernard Bonnejean dit :

    Bien qu’un peu largué,je voudrais revenir avec vous sur certains points soulevés soit dans le corps de l’article, soit dans ses commentaires.

    Le professeur-chercheur de l’Université est un fonctionnaire, comme le magistrat ou le policier. A ce titre, il doit rendre compte à sa hiérarchie de ses activités. Or, sa hiérarchie, le plus souvent, ignore jusqu’à son existence. D’où une multiplication d’intermédiaires chargés de la NOTATION ou de ce que vous appelez l’évaluation. La notation administrative a toujours existé et, si mes souvenirs sont bons, nul fonctionnaire n’est tenu d’accepter d’être noté si ce n’est qu’ainsi il se place à l’écart de toute promotion.

    La question est de savoir comment faire autrement. Le patron d’une petite entreprise ne note pas ses employés, certes, mais il les connaît tous et peut faire éventuellement pression pour les faire travailler mieux et davantage. Plus l’entreprise est grosse, plus la notation est multipliée et systématique. Admettez que l’Education nationale est une immense entreprise dont le patron-payeur est l’Etat.

    Si mes souvenirs sont bons, nous nous sommes battus en mai 1968 pour que les Universités deviennent autonomes. Et le fait est qu’elles ont gagné en autonomie. Le résultat ? Vous dites à minijack de ne pas faire semblant d’être dupe et je vous retourne, très gentiment la remarque. Le résultat ? C’est qu’un Doctorat d’Université n’a pas la même valeur selon qu’il a été attribué par l’Université de Rennes II, ou par la Sorbonne, ou par Orléans. Il y a fort à parier qu’au moment de faire son choix, le président d’Université préfèrera un docteur fraîchement émoulu de telle université de renom que telle autre qu’on connaît pour sa pagaille indescriptible.

    Pour ce qui concerne la « productivité » de l’enseignant-chercheur, il faut tout de même savoir – et je suis sûr à 100% que ce n’est pas votre cas – qu’il est des chercheurs qui oublient de chercher et des enseignants qui oublient d’enseigner. Sans compter une minorité qui se la coule douce en toute impunité ! Eh bien, en tant que citoyen français contribuable, je me plais à croire qu’un jour on se débarrassera à tout jamais de ces charlots qui se sont contentés de travailler dur pour obtenir de beaux diplômes et qui, ensuite, se sont définitivement reposés sur leurs lauriers.

  9. Yann dit :

    @ minijack : « La civilisation n’a pour objet que de « réguler » les excès, certainement pas d’étouffer cette effervescence par un égalitarisme imposé… »
    Ma remarque ne concerne pas directement le sujet ici évoqué mais je voulais simplement rappeler qu’il est vrai que les socialistes revendiquent le concept d’égalité. Cependant je crois que leur vrai combat, pour la majorité d’entre eux en tout cas, repose davantage sur la notion « d’équité » bien plus que sur celle « d’égalité », même si ces deux notions peuvent dans bien des cas se croiser. Malgré leurs apparentes ressemblances, je crois ces deux notions distinctes et qu’il serait bon d’y réfléchir dans la mesure où le concept d’égalité pour tous me semble utopique alors que l’équité peut permettre à chacun de trouver sa place dans la société.
    A partir de cette réflexion, aucune réforme annoncée aujourd’hui ne me semble équitable : elles sont faites pour le bien de telles personnes, de préférence des classes sociales plutôt élevées et ce au détriment des classes sociales les moins élevées ou les plus fragiles (dans la réforme des universités, ce seront les étudiants qui en pâtiront le plus, à l’évidence). Je ne prends pas réellement part à ce débat mais l’article s’intitulant « Dies Irae » je voulais moi aussi pousser un petit coup gueule sur ces réformes non réfléchies et appliquées à la « va-vite ».

  10. CLT dit :

    Le problème c’est que l’on ne réforme pas un corps en prenant pour référence ses canards boiteux. Ce n’est pas parce qu’il y a des policiers ripoux que tous les policiers sont ripoux, ni parce que certains patrons se conduisent comme des voyous que tous les patrons sont des voyous, ni parce que certains hommes politiques piquent dans la caisse, etc.
    Le procédé est connu : on dénonce les abus de certains pour stigmatiser un groupe tout entier. Et à la fin, à la place d’une réforme, on a une punition collective.
    Et encore bravo pour le tour de passe passe!

    Ah, une dernière chose, les universitaires n’ont pas de « hiérarchie », ni de notation administrative (quelle horreur!) L’évaluation à l’université (qui est réelle, n’en déplaise au bourrage de crane ambiant)est le fait du corps lui même (c’est donc une évaluation par des pairs.) L’origine de cela c’est que l’université est un organisme auto régulé depuis le Moyen Age. C’est même pour cela qu’elle est née: pour secouer le joug de la tutelle ecclésiastique et des pouvoirs seigneuriaux. C’est pourquoi, aujourd’hui encore le président de l’université est un universitaire élu par ses collègues. Les instances d’évaluation sont composées d’universitaires élus par leurs pairs. L’espace universitaire est administré par des universitaires (désignés au sein des instances élues), et même la police n’a pas le droit de mettre les pieds dans nos facs. Etc. Etc.

    Et c’est bien pour cela qu’il est urgent de les mettre au pas, ces sales petits universitaires qui ne rapportent rien et qui n’en font qu’à leur tête. Il faut en faire de bons petits soldats, des ouvriers modèles de la productivité scientifiques, des Gentils Animateurs de la mondialisation souriante. De bons petits abrutis du système. Et tant mieux si une poignée de nases , par son inertie, permet au gouvernement de justifier son sale coup en l’habillant des oripeux du bon sens et de l’équité.
    Mais ouvrez les yeux, bon sang! Il faudra quoi pour que vous compreniez ce qui se joue dans ce pays en ce moment même, en cet instant, là, sous votre nez? Combien de journalistes en prison? Combien de gardes à vue? Combien de débats parlementaires tronqués? De caméras de surveillance installées? Combien de juges rétrogradés? Et combien d’universitaires muselés?
    Supprimons donc, allègrement, les derniers ilôts de liberté, liberté chérie j’écris ton nom. Et sacrifions tout au dieu de la perpétuelle réforme.

  11. Bernard Bonnejean dit :

    Avant de partir, chère Corinne, juste une question :

    Que pensez-vous de l’enseignement privé sous contrat avec l’Etat ?

    Le portrait que vous dressez de l’universitaire autonome qui n’a de compte à rendre à personne, ou presque, mais payé par l’Etat, on nous l’a servi pendant plus de trente ans.

    [Il me passionne votre débat. Ces jours-ci, chez les Teixeira, l’Esprit-Saint a soufflé :-)]

    A ce soir. Ne tournez pas la page trop vite, s’il vous plaît. Cette réflexion est vraiment trop importante. Il faut quand même que les gens connaissent les causes de grève qu’ils ne comprennent pas.

  12. minijack dit :

    @CLT
    Je ne traitais pas Hobbes de socialiste. Je faisais juste remarquer que vous aviez extrait de son contexte l’élément qui convenait à votre discours socialiste, en oubliant la suite. Passons…

    « Le problème c’est que l’on ne réforme pas un corps en prenant pour référence ses canards boiteux. »
    Vous avez parfaitement raison.
    Mais la réciproque est vraie aussi : on ne refuse pas une réforme à cause de quelques exceptions positives. C’est vrai seulement quand Abraham négocie avec Dieu l’effacement de Sodome ! Mais malgré le titre évocateur donné à votre article, nous n’en sommes heureusement pas encore là… ;c)

    Je ne doute pas que vos filles attestent de votre emploi du temps chargé et, commençant à vous connaître un peu, je ne doute pas de votre part que ce temps soit employé au mieux, — selon votre conception du « mieux » c’est-à-dire selon moi probablement un peu perdu à discuter de détails formalistes plutôt que du fond des problèmes–.

    Je suis tout-à-fait d’accord avec Bernard pour dire que les choses sont loin d’être aussi simples que vous les formulez du seul point de vue de prof concerné, et qu’à force de ne jamais rien vouloir changer au statut des fonctionnaires (ou assimilés) on finira par figer la société.
    Je ne suis pas non plus pour une Université mercantile, mais nous vivons dans un univers de concurrence permanente, et l’Université qui est en charge d’y préparer ses étudiants ne peut pas feindre de l’ignorer superbement pour elle-même.

    « L’origine de cela c’est que l’université est un organisme auto régulé depuis le Moyen Age. C’est même pour cela qu’elle est née: pour secouer le joug de la tutelle ecclésiastique et des pouvoirs seigneuriaux… »
    Alors là je crois que vous interprétez, très chère ! Vous prenez vos désirs pour des réalités. Les universités ont été FONDEES par les Papes, et en bonne logique ce n’était pas pour en évacuer le cléricalisme, mais bien au contraire pour fonder une quasi-dynastie de clercs ! Et bien que devenue laïque depuis la Révolution, cette dynastie perdure !…
    Les Universités tiennent en effet du Moyen-âge mais pas seulement leurs prérogatives. Et si en effet les gardes du roi n’ont pas le droit de mettre les pieds en son enceinte (et c’est une excellente chose !) elle n’en est pas moins captive d’une véritable « aristocratie » très attachée à ses « privilèges », celle qu’elle secrète elle-même de génération en génération.

    C’est en effet un monde très « à part » que l’Education Nationale : La plupart des enseignants sont des gens qui apprennent à leurs élèves à passer des diplômes qui leur donneront le droit d’enseigner à leur tour à d’autres la meilleure manière d’être diplômé…etc.
    Et tout ça sans jamais avoir mis le pied dans le monde véritable, le monde extérieur, là où tous les autres se livrent à une concurrence mondiale acharnée !
    Ne croyez-vous pas qu’il y a vraiment besoin d’une réforme ? Peut-être pas celle proposée, mais il est clair qu’il en faut une… et sévère !

    @Yann
    Je suis bien d’accord pour faire le même distinguo que vous entre « égalité » (utopiste) et « équité ».
    Ma différence d’analyse est que ce ne sont pas les réformes ou les lois qui doivent être « équitables ». En soi, ça ne veut rien dire une « réforme équitable ». Ce qu’il faut c’est que ces textes amènent ou réintroduisent de l’équité dans leurs effets sur la société. Et c’est précisément tout l’objet d’une « réforme » que de « corriger les inéquités » qui s’installent insidieusement dans tout système établi. Une réforme peut donc être parfaitement inéquitable en elle-même afin de rattraper les inéquités qui se sont fait jour avant. En ce cas c’est de la compensation, du rééquilibrage ramenant vers une équité perdue, et il est clair qu’une telle loi ne peut pas satisfaire les bénéficiares de rentes ou d’avantages acquis.
    (c’est drôle, pourquoi ai-je l’impression de parler comme un révolutionnaire ?… ;c)

  13. CLT dit :

    Nan, nan, nan. Les universités n’ont pas été fondées par les papes. Relisez vos ouvrages d’histoire. Les papes ont accompagné le mouvement (avec retard) mais le phénomène était communal (Exemple : Orléans ne reçoit son privilège pontifical qu’en 1306, soit 3/4 de siècle après sa naissance: comme fondation pontificale, on fait mieux). Et puis, le pape était loin (c’est loin l’Italie à dos de cheval)et politiquement pas très en forme (surtout après le début du XIVè siècle). Le type visé par l’apparition des universités, c’était le gros bonnet du secteur : l’évêque du coin.
    Pour le reste, l’air est connu : les universitaires sont des sales privilégiés qui n’ont qu’à fermer leur gueule et à dire merci quand on leur fait mal.
    C’est vrai qu’on a des privilèges (d’ailleurs plutôt beaucoup moins que nos collègues de la haute fonction publique issus de l’ENA): ces privilèges (auto gouvernement, temps, évaluation par nos pairs) sont même la garantie de notre liberté, voyez vous. Et nous les avons payés du prix d’une absence de revalorisation salariale depuis des années (une étude parue dans le Monde il y a un an faisait été d’une perte de pouvoir d’achat de 20% dans le supérieur depuis les années 1990). Ces fameux privilèges, nous comptons bien les défendre.

    Ceci dit, pour la réforme, laissez moi rire : on en est au moins à la qinzième depuis que je suis prof, alors, là, trop, c’est trop. Sortons des stéréotypes. C’est sûr que si les types du ministère pensent avec des clichés, on n’est pas sorti de l’auberge.

    Et puis, il faudrait arrêter avec le côté « l’université fermée sur le monde ». Les profs de fac ne sont pas complètement infantiles. Le monde est entré à l’université il y a bien longtemps. Et c’est très bien ainsi. On se tape des journées portes ouvertes, des salons de l’étudiant, on va voir les lycéens, on multiplie les stages en entreprise, on monte des diplômes avec des boites du coin et des collectivités territoriales, on organises fes carrefours des métiers, alors, svp, arrêtez de nous dire qu’on ne sort pas le nez de nos livres : C’EST PAS VRAI!! MENSONGE! MENSONGE! MENSONGE!

    Il faudrait arrêter aussi avec les stéréotypes « Corinne qui est formaliste et pointilleuse sur les textes ». D’abord parce que c’est faux (vous ne connaissez pas beaucoup de juriste, ce n’est pas possible!!). Ensuite par simple souci de renouvellement rhétorique. Changez de registre de temps en temps. C’est bon pour les neurones.

    Enfin, l’université n’est pas gérée par le ministère de l’éducation nationale. Merci de ne pas tout confondre.
    Sinon on n’y comprend plus rien.

  14. Yann dit :

    @ minijack
    Si une réforme répare des injustices alors elle est équitable, si elle en creuse elle est inéquitable. Que dire de plus ?

  15. Yann dit :

    Et oui le ministère de l’éducation nationale est vraiment différent du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Et l’université ne forme pas seulement des professeurs, tout comme les écoles privées ne forment pas que des commerciaux. Etranges vos remarques minijack.

  16. Esther dit :

    Personnellement, je pense qu’il faut relire les Shadock : « pour qu’il y ait le moins de mécontents possible, il faut toujours taper sur les mêmes ! »… Aujourd’hui, on tape sur pas mal de monde, c’est vrai.
    Dire que beaucoup ne comprennent pas la grève de jeudi, c’est vite dit… ou c’est prendre pour des crétins une bonne part des 69% qui pensent qu’elle a une raison (des raisons !) d’être.
    Enfin, ce n’est que mon avis de fonctionnaire de l’Education nationale (avec une notation administrative et tout et tout !) :-)

  17. Bernard Bonnejean dit :

    Me rev’là ! Content de partager avec vous toutes et tous.

    Content d’apprendre aussi que les universitaires ont appris à devenir de « de sales privilégiés qui n’ont qu’à fermer leur gueule et à dire merci quand on leur fait mal ».

    Que ce soit des privilégiés, Corinne, ne fait aucun doute. Qu’ils aient beaucoup trop de travail, pas au sens où votre cher et tendre entend le mot dans son article, ne fait aucun doute non plus. J’en ai connu plus d’un à avoir craqué avant le temps prévu : copies à corriger, examens oraux à passer, concours à préparer (pour les agrégatifs), lourde charge à assumer près des doctorants, etc. Je ne parle pas des masters, parce que, trop vieux, je n’ai pas suivi cette réforme et ne sais pas ce que c’est.

    CEPENDANT, est-il normal que ce soit le même professeur qui à lui tout seul accepte de diriger trois doctorants, tout en préparant les agrégatifs, tout en assurant des cours pour les premières et les deuxièmes années, tout en exerçant les fonctions de responsable d’une UER de littérature, etc ?

    Est-il vrai, Monsieur le Professeur Pierre Brunel, professeur de littérature comparée à la Sorbonne, président de Paris IV, pour lequel j’ai une admiration sans bornes, qu’on vous demande partout pour présider les jurys de thèse et que vous refusez rarement ?

    Une question me brûle les lèvres, Corinne : et le prof de fac n’était pas obligé d’accepter toutes ces charges et que sa motivation soit la gloire ou, plus prosaïquement, l’appât du gain ?

    Entre nous, cette surcharge de travail – dites-moi si je me trompe et si le monde est devenu pur depuis quelque temps – est assez bien rétribuée, is’n’t it ? Sinon, je ne vois pas pourquoi Untel que je ne nommerai pas en est à sa quatrième attaque cardiaque quand il ne vit pas, comment dire ?, dans l’indigence même relative.

    Quant à l’universitaire qui ferme sa gueule lorsqu’on lui tape dessus, MDR comme on dit aujourd’hui. J’ai fait partie de cette corporation appelée « profs » pendant trop d’années pour savoir quels emmerdeurs ils sont fiers d’être :-), même dans des domaines où ils ne sont pas compétents. Quelle plaie – pardonnez-moi Miguel et Corinne – que d’avoir un fils ou une fille de prof comme patient quand on est médecin ou dentiste, comme client quand on est commerçant, voire comme élève quand on est soi-même prof. Vous le savez bien, voyons ! Le prof sait tout. En tout cas, il a un avis sur tout, même quand on ne lui demande pas. Un prof qui ferme sa gueule ? J’EN AI JAMAIS VU !!

    La seule profession qui s’honore de n’avoir de compte à rendre à personne ! Et si ça, justement, n’était pas un fameux privilège. Qui remonterait au Moyen Age ? Et vous vous en vantez :-) !!! Vous socialiste, vous qui représentez le peuple français, abolitionniste des privilèges de l’Ancien Régime.

    Quant au rôle de l’Eglise dans l’Université médiévale, les roubignoles d’Abélard sont les témoins in absentia d’un certain dysfonctionnement dans les principes. Mon saint patron aurait mieux fait de rester dans son couvent le jour où il l’a condamné pour hérésie (c’est faux et c’est grave).

  18. minijack dit :

    (Exemple : Orléans ne reçoit son privilège pontifical qu’en 1306, soit 3/4 de siècle après sa naissance: comme fondation pontificale, on fait mieux). Et puis, le pape était loin (c’est loin l’Italie à dos de cheval)

    Alors là ! Vous chipotez encore, chère amie.
    A pied à cheval ou en voiture, l’Italie était d’autant moins loin que c’est Clément V (le démolisseur du Temple avec Philippe-le-Bel) qui, pour contrebalancer l’influence grandissante de la Sorbonne parisienne, a « érigé » en Université (et non pas « fondé », je vous donne acte de la nuance) la scolastique orléanaise préexistante.
    Il est vrai également que des écoles existaient depuis longtemps dans la région, et pas seulement depuis ¾ de siècles mais bien avant ! à Micy d’abord, à l’époque de Clovis, puis St-Aignan, Meung-sur-Loire, St-Benoît-sur-Loire, largement dévelopées sous Charlemagne… Mais il faut tout de même préciser que ce « préexistant » était entièrement placé sous le signe de l’Eglise. Plus spécialement des Bénédictins et notamment de l’abbaye St-Aignan à Orléans.

    On ne peut donc pas dire comme vous le faites que l’université née au Moyen-âge le fut pour « secouer le joug de la tutelle ecclésiastique »
    C’était au contraire pour la renforcer. En tous cas ici à Orléans.

    Par ailleurs, cet indécis de pape Clément dont l’élection fut acheté par Philippe n’était autre qu’un français, archevêque de Bordeaux, et il traîna quelques années en diverses régions de France, notamment à Poitiers, avant que d’aller prendre ses quartiers définitifs en Avignon trois ans plus tard.
    Depuis Poitiers, où il résida durant toute l’enquête sur les templiers et donc au moment de cette « érection » d’Orléans en Université, il aurait très bien pu s’offrir une petite trotte jusque chez nous, par contre je crois savoir qu’il n’osa jamais mettre les pieds en Italie, pas plus que les sabots de son cheval ! ;c)
    Je vous renvoie donc à votre tour à vos meilleurs livres d’histoire.

    Pour ce qui est des réformes, je suis d’accord avec vous, leur trop grand nombre finit par lasser. Mais c’est bien par manque d’audace des gouvernements précédents, y compris de gauche, qu’une ultime réforme est nécessaire…
    Reste qu’il faudrait en effet que ce soit LA bonne.

    Je ne discuterai pas de son contenu. Juste de son principe. C’est en effet à VOUS de discuter du contenu, mais êtes-vous précisément les plus qualifiés pour le faire ? Car il faut rester en adéquation avec le monde extérieur… Et quant vous dites que l’Université est déjà très ouverte sur le monde… Là je ne vous suis plus.
    Ce n’est pas parce que vous faites des opérations portes-ouvertes ou autres forums pour attirer des étudiants que vous connaissez la vie extérieure. Je veux dire « la vraie vie » de travailleur manuel ou intellectuel dans une boîte privée qui se bat pour conquérir des marchés afin de simplement survivre. Vous le « savez »; intellectuellement parlant, certes, parce que vous savez lire et observer, mais vous n’avez jamais « éprouvé » de ces choses comme l’angoisse de devoir mettre des gens à la porte ou au chômage parce qu’on ne peut plus assumer les salaires, ou parce qu’un ouvrier s’est blessé sur un chantier et passera sa vie avec trois doigts en moins, ou encore devoir se prendre la tête avec des règles et définitions comptables bien trop complexes pour la plupart des artisans… etc.
    Tout ça vous échappe complètement.
    Vous concédez du bout des lèvres être des privilégiés, c’est déjà bien, mais ne réalisez même pas combien vous l’êtes.
    Et c’est pourquoi votre sort ne me fait pas pleurer, désolé ! Quand vous aurez vraiment les yeux en face des trous, on pourra en reparler.

  19. Bernard Bonnejean dit :

    Attention, Minijack, le ton jusque là courtois comme il sied à des gens de bonne compagnie a tendance à se durcir ! Ce serait dommage. On peut parler sans se disputer.

    Bon ! Personnellement, je crois qu’Esther la Bretonne sera d’accord avec moi (même si elle n’a pas l’âge, il vaut mieux s’informer de la maison où l’on emménage) nous avons essuyé les plâtres de plus d’une douzaine de réformes en quelques années. Toutes plus inutiles les unes que les autres, et certaines carrément néfastes.

    Tout le monde s’y est mis pour nous empoisonner l’existence : la droite, la gauche et même le « centriste » Bayrou, le seul à avoir essayé quelque chose de « convenable ». Le pire fut sans doute Allègre, fausse gauche aimé des droitiers.

    Souvenez-vous, dans le désordre : la nouvelle nomenclature grammaticale en collège (une catastrophe car, comme d’habitude, on a « oublié » d’expliquer aux profs avant qu’ils ne l’enseignent) ; les maths modernes (autre catastrophe pour la même raison) ; la lecture globale, puis semi-globale, puis par signe, puis… Au lycée, la réforme du français au bac (pas appliquée ou très mal), le tronc commun en seconde, les modules en terminale, le soutien et le perfectionnement, l’objectif 80% de bacheliers d’une même classe d’âge, les 10% (je croyais les avoir oubliés, ceux-là, et pourtant c’était le bonheur assuré : 10% du contingent horaire consacré à… ce qu’on voulait. Résultat : feus les 10% pratiquement morts-nés) ; la création des classes dites de transition (je n’ai jamais trop su transition entre quoi et quoi)et des SES.

    En fac (je m’y connais moins n’y ayant jamais foutu les pieds sauf pour les exams) : création du DEUG et suppression du DEUG ; création du DESS et du DEA (jamais vu quelque chose d’aussi inutile que ce machin qui ne sert strictement à rien) ; suppression très progressive du Doctorat d’Etat remplacé par un Doctorat d’Université (elle est belle l’autonomie !!) etc. Corinne et Esther peuvent compléter.

    Il faudrait aussi parler du recrutement des instituteurs (oh ! mille pardons ! des professeurs des écoles), des professeurs de collège et des professeurs de lycée (MA I, MA II, MA III, certifiés, agrégés, PEGC,et je ne sais quoi encore) avec des échelles d’indice qui vont du simple au quadruple sans compter les avancements normaux, au choix et au grand choix, et les hors-classes.

    En fac, c’est pire, car la hiérarchie y est plus déguisée. Un prof de fac se vexera si vous le confondez avec un maître de conférences (dit mait’ de conf’) et il est bien connu que les agrégés ont tendance à être mal vus des docteurs, à moins qu’ils ne soient l’un et l’autre (la crème). Mais il y a aussi les habilitations à ceci et à cela qui fait que l’on a le droit de juger ceux-ci mais pas encore ceux-là.

    J’arrête ! Veut-on changer tout ça, vraiment ? Oui, mais vous comprenez on aimerait garder nos avantages, bien mérités compte-tenu de notre niveau d’études. Ah ! Alors c’est fichu d’avance.

    Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : l’école et la fac, c’est peut-être la chienlit, mais ceux qui y travaillent le font en général avec coeur et compétence. Prof, c’est un des plus beaux métiers que je connaisse, pour ceux qui jouissent d’une bonne santé et qui ont un minimum de respect et d’estime pour les enfants et pour les adolescents. (Les collègues et les parents, ma foi, on fait avec…)

    Alors, vive les profs, toutes catégories confondues ! Vive l’école et vive les Universités sans oublier les IUT et les BTS et tous les autres.

  20. CLT dit :

    @ Bernard : la surcharge de travail est réel, mais elle n’est pas motivée par l’appât du gain. Les jurys de thèse sont gratuits (il y a même des facs – parisiennes – qui ne remboursent pas les billets de train quand on va

  21. CLT dit :

    Zut j’ai fait une fausse manip.
    et du coup j’ai oublié une faute sur surcharge « réelle ».
    il y a donc des facs qui ne remboursent pas les billets de train quand on va siéger en soutenance; les articles ne sont pas payés, les communications à des colloques non plus. Les primes versées pour l’encadrement des docteurs sont réservées à un petit nombre de happy few et leur montant est de l’ordre de 5000 euros par an au total(je crois : je ne l’ai jamais touchée). Rien comparé aux primes d’un magistrat ou d’un administrateur civil (grade comparable en gros à celui d’un prof de fac).
    Non, la recherche de la reconnaissance de ses pairs est un moteur beaucoup plus puissant que l’argent. L’universitaire veut être admiré par ses collègues et adulé par sa femme de ménage. C’est ainsi. C’est un travers assez grotesque, mais ça ne coûte pas grand chose à la nation. En termes financiers, bien sûr.
    Et franchement, l’Université n’est pour rien dans la tragique disparition des roubignoles d’Abélard : le bureau des réclamations c’est le chanoine Fulbert, tonton d’Héloïse, qui a voulu venger l’honneur de sa nièce qu’il croyait perdu à jamais.
    Quant aux démélés du susdésigné avec Bernard de Clairvaux, joker. J’ai lu des trucs d’Abélard qui m’ont semblé un peu borderline théologiquement parlant. Mais OK, c’était pas une raison pour l’ennuyer (même s’il était tellement insupportable que les moines chez qui il s’était réfugié ont essayé de l’empoisonner, parce qu’il avait entrepris de leur démontrer que leur saint patron n’avait jamais existé). De toute façon, la condamnation d’Abélard ne fut pas une condamnation universitaire. Il n’y avait d’ailleurs pas d’université à ce moment là. Ce qui n’a évidemment pas empéché les universitaires de se surpasser dans les condamnations tragiques de doctrines hétérodoxes et la servilité à l’égard du pouvoir dans les siècles qui ont suivi. Le fait de porter une toge n’est hélas pas une garantie contre la bêtise et la méchanceté.

    Je reconnais dans les invectives de M. Minier la vieille hargne contre les intellectuels, les universitaires, sans doute aussi les artistes, les poètes, le théatre subventionné et tous ceux qui feignassent en se goinfrant d’argent public. Je ne vois pas en quoi le fait de lire, d’écrire et d’étudier est déshonorant et disqualifie celui qui se livre à ces paisibles activités pour s’occuper des affaires du monde. Je ne vois pas au nom de quel préjugé stupide le travail intellectuel serait dévalorisé au profit du travail manuel, et je ne vois pas pourquoi la vraie vie ne consisterait pas aussi dans la littérature, l’art et les choses de l’esprit. M. Minier, pour faire court, je crois que nous n’avons vraiment pas les mêmes valeurs. Je ne partage pas votre admiration envers des businessmen qui licencient des ouvriers pour gagner toujours plus d’argent et verser toujours plus de dividendes à des actionnaires toujours plus assoiffés.
    Et au passage je comprends mieux votre amour pour l’alignement de la rue des carmes : ça c’est un beau projet immobilier bien juteux, qui va rapporter plein d’argent pour des entrepreneurs privés. Et tant pis pour un patrimoine dont on se contrefiche royalement.

    Par ailleurs, je ne sache pas que Mme Pécresse, qui pilote cette réforme imbécile, ni M. SArkozy, qui en est l’ordonnateur, aient gagné leur vie autrement que par des indemnités versées par la République ou par leur traitement de fonctionnaire (pour Mme Pécresse, tout droit sortie de l’ENA). Tout comme M. Grouard d’ailleurs (qui l’a aussi fréquentée, ce me semble. L’ENA, naturellement, pas Mme Pécresse).
    Si cela les disqualifie pour nous gouverner, j’en prends très volontiers acte. Ca va faire plein de postes libres un peu partout.
    Pour ma part, je ne crache pas sur les « boîtes privées qui se battent pour conquérir des parts de marché » et je ne ricane presque pas quand ces glorieux combattants du fric qui animent lesdites boites privées se servent gloutonement dans la manne des subventions publiques.
    Mon père était ouvrier. Il travaillait chez Renault à la grande époque de Billancourt. Il faisait les 3 huit et il avait justement perdu un doigt en manipulant une emboutisseuse. Je peux vous dire qu’il n’avait nulle admiration pour ces Merveilleux Patrons qui nous montrent le Chemin d’un Avenir Libéral, Capitaliste et Luminescent. Il était même plutôt content que sa fille fasse des études et qu’elle choisisse de faire ce qui lui plaisait. En l’occurrence des études d’histoire. Et qui plus est d ‘histoire médiévale (le truc inutile par excellence). Il en était même plutot fière, mon papa.
    Parce que le pb il est là, en dernière analyse : dans ce pays, est-il encore possible de ne pas marcher le petit doigt sur la couture du pantalon et de ne pas obéir aux injonctions de la rentabilité financière? Est-on encore libre d’être libre? Est-on encore libre de refuser ce système qui nous a précipité dans la crise? Parce que si l’université doit devenir un lieu où règne l’argent et l’aliénation intellectuelle, je préfère le savoir pour la quitter tout de suite.
    C’est vraiment un débat surréaliste!
    C’est quoi le pb avec les profs de fac? Pourquoi toujours cette sale rengaine des privilégiés qui n’ont pas le droit de défendre leur statut? On ne demande même pas d’augmentation. On veut juste qu’on nous fiche la paix et qu’on nous donne du temps pour travailler. Du TEMPS. Pour travailler. Et qu’on nous laisse LBRES. LI-BRES.

  22. Bernard Bonnejean dit :

    Approchez, Corinne !
    Plus près !
    Mais n’ayez pas peur, voyons ! Mes intentions sont pures !

    C’est juste pour une question indiscrète :

    M’sieur Minier, c’est Minijack ? S’appellerait-il Jacques Minier, par hasard ? Ou Jack comme Lang qui a aussi été à l’éducation nationale ?

    « Monsieur Jacques Minier, quarante-cinq rue Poliveau, pour moi, ce sera mille francs. Monsieur Jacques Minier, quarante-cinq rue de Poliveau, maintenant c’est deux mille francs »

    Quant à Abélard, je n’ai pas dit que l’Université était pour quelque chose dans sa condamnation, mais l’Eglise avec saint Bernard. J’ai lu quelque part qu’Abélard pouvait être considéré comme l’un des fondateurs ou précurseurs de l’Alma Mater originelle : devenu maître de rhétorique, de théologie et de philosophie scolastique, sa renommée internationale à la tête d’une « école » fréquentée par la crème de la crème ne peut-il lui conférer ce titre ? A votre avis ?

    Ses roubignoles ? Même si ça n’a rien à voir avec les démêlés du grand docteur, je m’accuse de les avoir placées là juste pour rigoler avec les copains. Vous n’allez pas me couper les bourses pour ça, quand même. Tenez encore une réforme qui a foiré : la suppression des bourses pour les familles indignes. A cause du possible jeu de mots ?

    Au fait, quand on écrit des bouquins sur la poésie de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et sur les poètes catholiques français de 1870 à 1914, on a plus qu’à fermer sa gueule sur l’utilité des travaux universitaires. Et, en plus, moi, je suis LIBRE comme vous ne le serez jamais, fauché mais LIBRE !!!

    P.-S. : Nous, en lycée, on allait passer les oraux de bac qui duraient une semaine le plus loin possible de Laval pour toucher des indemnités élevées. Quant aux colloques, on ne m’a eu que deux fois. Maintenant que je suis LIBRE, on me paye en achetant mes bouquins. Lalalalalèèèèreuu ! Vous savez, le prof spécialiste universel du locatif indoeuropéen, il exigeait qu’on achetât (un subjonctif imparfait superfétatoire pour emmerder les envieux !) le sien de bouquin, une fortune, très important pour la philologie grecque qu’il disait… Sinon, la licence, que dalle :-(

  23. minijack dit :

    @Bernard d’abord :
    Je m’appelle Jacky Minier en effet, et je signe minijack parce que ça me donne le sentiment (illusoire bien sûr) d’être « branché »… Mais sachez que je ne paierai pas un liard pour votre odieux chantage ! ;c)

    @Corinne
    Mais où prenez-vous toute cette mauvaise humeur à mon endroit. Et où avez-vous trouvé les « invectives » mentionnées ?
    Je n’invective personne et surtout pas vous. Si je me permets de vous rappeler qu’il existe d’autres points de vue que le vôtre, c’est juste pour vous permettre, à vous, de réajuster votre vision de la société dans et sur laquelle vous vivez.
    Je n’ai JAMAIS DIT que lire écrire ou étudier seraient des choses indignes ou même parasite. Relisez-moi, très chère. Vous faites là un véritable procès d’intention à mon égard.

    Il FAUT des intellectuels, bien sûr ! Il faut juste que ceux-ci n’oublient pas qu’ils appartiennent à la société qui les fait vivre, et je dis qu’ils ne sont pas conscients de l’importance de leurs privilèges.
    Rien de plus.
    Je ne dévalorise aucunement le travail intellectuel. Je ne fais que le replacer au niveau qui aurait toujours dû rester le sien. Et là pour une fois, c’est moi qui vais parler d’égalité.

    Si votre père était ouvrier chez Renault, le mien était poseur de rails. Nous sommes donc issus tous deux du même milieu social. Mes frères furent eux aussi ouvriers. L’un assimilé fonctionnaire conserva sa sinécure jusqu’à sa retraite, et l’autre plus entreprenant devint artisan.
    J’ai une sœur aussi. L’aînée, la gloire de la famille parce qu’elle est devenue « institutrice », et mes parents auraient été ravis que je le devienne aussi car c’était pour eux le top de la réussite. En toute modestie, j’aurais largement pu. Mais pas envie de m’encroûter dans la fonction publique.
    J’ai donc appris un métier, manuel d’abord, dans le bois sous toutes ses formes. Manuel mais sensuel, et comportant une forme d’intelligence que vous ne connaîtrez jamais dans les livres : « L’intelligence de la Main ».
    J’ai eu le plaisir, l’honneur dirai-je même, de participer à la construction de choses que vous ne soupçonnez même pas quand vous visitez la ville. (Juste pour dire que nous avons probablement les mêmes valeurs sur le plan architectural mais vous n’y portez attention qu’à partir de vos archives quand moi j’en connais les secrets intimes et les techniques de construction…)

    Puis, ayant appris à « construire » du bel ouvrage, j’ai appris à « concevoir » l’architecture et à la calculer en suivant durant 3 années la formation de Métreur.
    Pour finir, en revenant de l’armée, puisque je savais « faire » « concevoir » et « calculer », j’ai décidé d’en vendre, et j’ai passé quelques années dans l’immobilier pour lequel j’ai dû faire du Droit, moi aussi, ce qui m’a permis d’accéder à l’équivalent d’une licence. (je ne pourrai pas vous présenter mon diplôme parce que la validation des acquis professionnel n’existait pas encore à cette époque, mais faites-moi la grâce de me croire sur parole, pour obtenir une carte professionnelle en Préfecture, il faut cette équivalence).
    Par la suite et depuis l’âge de vingt-cinq ans jusqu’à aujourd’hui j’ai toujours été indépendant (employeur, ou seul en profession libérale).
    Contrairement à ce que vous croyez devoir penser de moi (vous aussi vous affichez des clichés préconçus), je n’ai jamais eu aucune considération pour « les businessmen qui licencient », et pourtant il m’est arrivé d’être moi-même contraint de le faire lors du premier choc pétrolier de 73/75.

    J’ai ainsi connu des périodes de très grand aise, et d’autres de la plus extrême pauvreté.
    Mais ce sont les échecs qui rendent plus fort. J’ai donc recommencé chaque fois, mais depuis ce temps je n’emploie plus personne, préférant la libre collaboration à toute relation de dépendance.
    Les affaires menant à tout, je ne me suis pas enrichi pécuniairement mais j’ai bien appris du monde. Je me suis enrichi d’expériences les plus diverses dans des milieux très différents, depuis l’immobilier domestique en France à celui de spéculation aux Antilles anglaises, de l’import-export et de la finance politique au Brésil à la haute-joaillerie en Arabie. Ces quinze dernières années j’aurai aussi été l’un des pionniers de l’informatique et du Net sur Orléans. C’est dire que de nombreux domaines pourraient figurer à mon CV si je devais solliciter un emploi. (Presque trop. Beaucoup ne me croient pas quand je me raconte)
    Aujourd’hui, à 61 ans, je me suis un peu calmé quant aux expériences vécues, mais j’apprends toujours. (L’histoire médiévale entre autres est une vieille passion, et nous devrions mieux nous entendre sur ce sujet qu’en politique.)

    Fréquenter ces milieux les plus divers (et les plus stupéfiants parfois, tant ils étaient éloignés de ma propre histoire) m’a amené à porter un regard très nuancé et extrêmement critique sur les idéologies de toutes sortes. Je me fous donc des étiquettes, seuls les hommes ou les femmes m’intéressent, ainsi que la pertinence de leurs projets ou de leurs propositions.
    C’est pourquoi, oui, je suis d’avis que la rue des Carmes ne mérite pas cette idolâtrie que vous semblez lui porter faute d’un meilleur argument pour justifier votre mandat électoral. Si le Tram passait ailleurs (ou mieux : s’il n’était passé nulle part), je ne montrerais aucun acharnement à défendre ce projet d’alignement. Mais il se trouve qu’effectivement, à mes yeux et dans ce contexte, vous avez tort sur le fond de vouloir figer l’évolution future de la ville. Pourquoi devais-je le taire ?
    Je n’ai bien sûr aucun intérêt chez les promoteurs, et pourtant j’en ai connu quelques uns jusqu’aux plus grands noms du béton. Mais je n’aime pas le béton, par goût et de par ma formation initiale je préfère le bois et la pierre. Votre suspicion (quelque peu insultante) est donc sans fondement.

    Ce petit panorama de ma vie n’a évidemment pas pour but de me glorifier en quoi que ce soit, c’est juste pour vous faire comprendre que je ne méprise aucunement ni les manuels ni les intellectuels (artistes compris, subventionnés ou pas) puisque j’ai commencé ma vie comme manuel et je la finirai plutôt comme écrivain, c’est-à dire un horrible intellectuel…
    Un intellectuel sans doute peu commun et hors des sentiers battus, mais qui pourra se flatter de n’avoir jamais eu d’œillères.
    Je prétends donc pouvoir parler des deux.

    Or, si ces trente ou quarante dernières années le « manuel » fut plutôt considéré avec une certaine condescendance, voire avec un certain mépris réservé à ceux qui n’auraient pas réussi dans les études, il se trouve que de nos jours on assiste à quelques renversements des valeurs préconçues, et je connais des plombiers qui gagnent plus d’argent que certains médecins libéraux ou profs d’université… Permettez-moi d’en sourire. Non par mauvais esprit envers l’Université, mais parce que c’est tout simplement la preuve que tout le monde est nécessaire à la société, y compris les plombiers qui n’ont pas fait d’études très longues, que la loi de l’offre et de la demande rééquilibre souvent d’elle-même les décalages sociaux (pas tous malheureusement) et qu’en conséquence les « privilèges » accordés à certains ne sont pas toujours justifiés.

    Cela dit, je ne nourris aucune prévention particulière à l’encontre des profs ou autres intellectuels. Je ne tiens absolument pas à dévaloriser qui que ce soit. Je dis juste qu’il faut trouver le moyen de réformer de manière intelligente une Université qui en a besoin face au monde qui change, et de rendre équitable ce qui ne l’est pas pour l’instant par rapport au reste de la Société.

    Si vous voyez là des « invectives » je suis au regret de vous dire que c’est vous qui les y voyez. Pas moi. Interrogez-vous sur les raisons profondes de cette perception négative.

  24. Esther dit :

    « Mais pas envie de m’encroûter dans la fonction publique. J’ai donc appris un métier, »… Je respecte votre envie… mais le « donc » est fort intéressant. Enfin, vous pensez ce que vous voulez, cela ne m’empêche pas de penser non plus ! A vous lire, on n’a réellement de métier que si l’on est étranger à la fonction publique, les gens qui y appartiennent n’ont pas un métier mais des privilèges. Ce n’est pas faux,cette histoire de privilèges, je le reconnais… mais 1, j’ai la conviction d’avoir un métier, que Corinne en a un aussi, et tous les autres aussi… et 2, je me demande même parfois si l’on n’en a pas plusieurs parce qu’on fait psy, policier, assistante sociale, … et 3, papa et maman m’ont appris, entrepreneurs en bâtiment qu’ils sont, à manier marteau, visseuse et plein d’autres choses de ce style pour construire une maison parce qu’ils avaient tout perdu à cause d’un grand industriel qui n’a pas jugé utile de payer ses factures… C’est vrai, ils sont patrons, mais ils savent se servir de leurs mains et ils ont eu l’intelligence de nous l’apprendre, à nous les 4 mômes qui avons fait ensuite ce qu’on voulait. Cela dit, je ne les ai jamais entendu dire que leur fille aînée n’avait pas métier, que les articles d’histoire médiévale qu’elle peut écrire ou la thèse qu’elle rédige ne sont rien… Peut-être parce qu’on a observé avant de parler. Alors on peut organiser un truc genre « vis ma vie » ? Non… On appréciera que chacun respecte la liberté des autres (qui respectent la leur aussi) et que chacun ait le droit au respect de sa personne, de ce qu’il fait et de ce qu’il pense.
    Je pars m’encroûter avec, aujourd’hui, la conscience d’aller le faire, d’entretenir ma situation… Vivement demain !
    VIVA LA LIBERTAD ! et bonne journée !

  25. Bernard Bonnejean dit :

    1- Entre le minijack que je connaissais et le Jacky Minier de la dernière intervention (je suis né à une quinzaine de kilomètres de Fougères ;-)), y’a pas photo ! Orléanais, Orléanaises, obligez votre Minijack à se souvenir de temps en temps qu’il est aussi le Jacky Minier de naguère. Vous avez tout à y gagner. Je n’en dirai pas plus par respect pour le choix d’une nouvelle carrière.

    2- Au-delà des querelles, je remarque que nous avons toutes et tous un point commun : des parents modestes auxquels nous devons d’être ce que nous sommes devenus. Avec les sacrifices que cela comporte. C’est beau, non ?

    3- Même si Corinne a tourné la page, son blog, sur ce thème-là, aura rempli son office de service public. Il fallait que le citoyen lambda qui va, lui aussi, souffrir de la grève de jeudi, sache ce qu’on ne lui dit jamais : les vraies motivations des intéressé(e)s et les récriminations de ceux qui leur sont opposés. Pour une fois, malgré des erreurs, ils pourront juger sur pièce, en leur âme et conscience et non d’après des articles bâclés rédigés par des journalistes qui n’y connaissent rien (ou que ça arrange de ne pas tout dire). Et ça, c’est assez rare pour être souligné.

    4- Finalement, nous pouvons, je crois, être fier(e)s de nos interventions.

    Merci à Esther (je sais combien il vous faut de courage !) ; merci à Corinne pour nous avoir poussés à réfléchir aussi intensément ; merci à Jacky (c’est la dernière fois que je prononce votre nom, promis !) plus encore qu’à Minijack.

  26. Bernard Bonnejean dit :

    Incorrible bavard – j’avais d’abord envisagé la profession d’avocat dans ma jeunesse, mais suite aux « événements », ils n’ont pas voulu de moi rue d’Assas – je me permets d’en rajouter « une tartine », une dernière fois. Un collègue m’avait dit, à l’issue d’une réunion de parents : « Toi, tu vends ton latin comme un paquet de lessive ! » N’empêche qu’on n’a jamais manqué de latinistes dans l’établissement.

    « Ce sont les échecs qui rendent plus fort ».

    Tout à fait d’accord avec vous, Minijack, sur ce qui pourrait n’être qu’un poncif sans cesse rebattu. Ou même une sentence écrite au tableau au début du défunt siècle pour servir de leçon de morale à un hussard noir de la République. (Au fait, Corinne, avez-vous lu ce que Péguy a écrit sur ses maîtres : les instituteurs, les curés de la paroisse Saint-Aignan, les profs de l’Ecole Normale et les Sorbonnards ? Je vous donnerai les références. Très édifiant… Et puis non : je vais l’afficher sur mon blog !)

    L’inconvénient est qu’il faut avoir notre âge pour le savoir. Peut-être aussi faut-il un peu d' »esprit américain ». Un patron français qui fait faillite se suicide ; un patron américain tourne la page et recommence tout à zéro. C’est un raccourci, évidemment, mais il y a du vrai là-dedans.

    Oui, je sais, les digressions ! C’est fait pour la « captatio benevolentiae ».

  27. minijack dit :

    @Esther
    Vous avez le sens des raccourcis. Bien évidemment qu’il existe des « métiers » différents dans la fonction publique. Je prétendais pas le contraire mais simplement je soulignais que de mon point de vue le « métier » est quelque chose qui s’apprend « au pied du mur », là on l’on voit le vrai maçon, et pas par le seul système de promotion interne par concours.

    Que je sache, l’Administration embauche aussi des menuisiers, charpentiers, ou autres corps de métier du bâtiment pour ne parler que de ceux-ci (mais c’est la même chose pour les comptables ou les secrétaires), cependant, elle ne les embauche que lorsqu’ils ont fait leurs preuves dans le privé. Je n’ai jamais vu l’administration prendre en charge l’éducation d’apprentis. Or, les meilleures formations professionnelles sont celles qu’on acquiert en se frottant à la concurrence, et surtout sans être à l’abri d’un statut qui vous donne une garantie de l’emploi. Là, il faut vraiment être le meilleur. C’est ce que j’entendais par « apprendre un métier ». Vous, vous parlez de l’exercer, ce qui est très différent, et c’est effectivement à ce stade que l’on s’encroûte généralement.
    Je vous concède que cet encroûtage peut également survenir dans le privé, mais c’est bien plus rare parce que là la pression de la concurrence et l’absence de « garantie de l’emploi » sont de puissants ressorts de rappel.

  28. Bernard Bonnejean dit :

    Là Minijack vous me faites plaisir !

    Mon papa à moi était forgeron. Il a d’abord travaillé pour son père comme apprenti, puis il « est allé la France » de « mère en mère », comme tous ses aïeux compagnons et maîtres. Ensuite, travaillant dans un arsenal pour l’armée, il est de ce fait devenu fonctionnaire, tout en restant ouvrier hautement qualifié.

    Merci de m’avoir rappelé ce détail que j’avoue avoir oublié.

  29. Bernard Bonnejean dit :

    Mais vous me faites moins plaisir quand vous opposez, un peu vite, comme mon père, les intellectuels et les manuels.

    Longtemps, pour mon père, j’ai été le « fainéant » de la famille, celui qui ne savait même pas se servir d’un marteau (ce qui, entre parenthèses, est en partie faux ; en outre, s’il avait été moins sévère, je lui aurais dit que c’était à lui de m’apprendre).

    Certes, je ne prétends pas avoir travaillé dur comme mes aïeux forgerons et maréchaux-ferrants dans les mines (il y avait des chevaux dans les mines). Je ne risquais pas la silicose ou autre cochonnerie à enseigner et à faire le flic ou l’assistant social et le psychologue (c’est vrai, ça, Esther, je dois bien le reconnaître). N’empêche qu’un concours, c’est du boulot ! Il ne faut pas dédaigner ceux qui le préparent et encore moins ceux qui aident à le préparer.

    Vous savez, Minijack, tous mes cousins ont travaillé dans les usines à godasses d’Ernée ou de Fougères. Moi, l’intello, je les ai toujours respectés. Eux, peut-être aussi, à leur façon…

  30. CLT dit :

    Euh, c’est pas un peu dépassée la concurrence « arts libéraux »/ »arts mécaniques »?
    Pour ce qui me concerne, j’exerce un métier pour lequel j’essaie de mettre en oeuvre un maximum de compétences. Il se trouve qu’une partie de ces compétence (théoriques) est sanctionnée par des concours appelés « agrégation », puis par des épreuves récurrentes appelées « publications ». J’ai donc passé l’agrégation (j’en ai même 2!) et je m’efforce de maintenir mes publications à un niveau relativement élevé (même si en ce moment, avec les affaires municipales, c’est dur, dur). Les compétences « pratiques » (reposant, en gros, sur la pédagogie), sont sanctionnées, chaque année, par les étudiants, qui votent avec leurs pieds. je trouve normal que nous soyons évalués par nos étudiants. Je trouve normal que nous soyons évalués par nos collègues (d’ailleurs, nous le sommes déjà). Je ne méprise pas les ouvriers (grand père menuisier, grand mère couturière, père ouvrier). Bien au contraire. Je ne pense pas craindre le monde extérieur. En fait j’y vis. Je trouve donc ce débat grotesque et surréaliste et la vision qu’ont certains des intellectuels complètement caricaturale, et, pour tout dire, non dépourvue de rancoeur personnelle.
    Pour les psys, prière de s’adresser ailleurs.

    Bien cordialement à tous,

  31. Eh bien, ma douce CLT, je ne vous reconnais plus dans votre discours maussade et vengeur. Votre blog, c’est mon havre, mon boudoir, mon fumoir où je ne fume plus depuis au moins cinq ans, mon parloir, mon salon.

    Les poètes avaient tous leur salon, vous savez. Les dames qui les recevaient étaient un peu les protectrices de ces écorchés vifs qui, en leur présence, n’osaient pas s’insulter.

    Restez la gentille Corinne qui sait argumenter, avec fermeté mais sans humilier. Cependant vous avez bien le droit d’être agacée quand même. De fait on ne peut progresser en opposant manuels et intellectuels, travailleurs et chômeurs, agrégés et docteurs etc.

    Quant aux psys…

  32. Je suis quand même bien sincèrement triste que vous le preniez comme ça :-(

  33. CLT dit :

    Mais non, je ne prends pas ça comme ça. Ce n’est pas contre vous que j’en ai, Bernard. C’est juste l’oppostion manuels/intellectuels que je trouve complètement ridicule. Un intellectuel qui affecte de mépriser les tâches manuelles (et de n’y rien entendre) est aussi insupportable qu’un manuel qui insulte la culture parce qu’il a peur de lire un livre.

    De même, je trouve dommage que l’on continue de croire que l’université est un mode fermé sur lui même. Même si je conviens volontiers que certains de nos collègues se moquent du devenir de leurs étudiants, beaucoup, la majorité en fait, font tout ce qu’ils peuvent pour aider leurs étudiants. D’ailleurs je sais peu de choses aussi belles que la connivence et la filiation intellectuelles. Ce sont des sentiments qu’il m’a été donné de vivre à l’université.
    Et puis, que voulez vous, cette université que l’on brocarde et que l’on plaint, c’est le lieu où je me sens en famille, parmi les miens. Et ça fait longtemps que ça dure. Quand je suis arrivée à la Sorbonne, après une année passée dans une classe préparatoire au lycée Henri IV (du pur bourrage de crâne), que je suis entrée pour la première fois de ma vie dans un amphi, et que j’ai écouté le cours d’une prof qui nous prenait pour des adultes et dont l’enseignement était un feu d’artifice pour l’esprit, je me suis dit : « c’est ce que je veux faire ». La vocation, quoi. Et puis, même si je râle toujours un peu avant d’aller en cours, j’adore enseigner. Et j’aime beaucoup mes étudiants (j’espère qu’ils ne lisent pas ces lignes, il pourrait en profiter…)
    C’est pourquoi je ne suis jamais objective en matière universitaire. Jamais. Et d’une mauvaise foi totale. Et assumée.

  34. minijack dit :

    Allez, consolez-vous Corinne, personne ne dit de mal des intellectuels. En tous cas pas moi puisque sur ma fin de vie professionnelle je prétends même accéder à ce statut. ;c)

    Si vous me re-lisez bien d’ailleurs, vous constaterez que tout mon discours vise au contraire à ne pas faire de distinction entre quelqu’un qui s’use et se salit les mains et quelqu’un qui se triture les méninges.
    Bien que ça ce voit moins dans un cas que dans l’autre, je vous concède qu’il y a aussi des travailleurs manuels « fainéants », tout comme il y a des travailleurs du chapeau « feignant ».

    Je ne fais que rétablir un équilibre de la considération, équilibre rompu depuis le grand-père de Bernard ainsi qu’il vous l’expliquait.

    Le problème ne se pose pas de savoir lequel des deux est le plus méritant de l’intello ou le manuel, mais de distinguer leurs statuts public/privé :
    Il doit bien y avoir des avantages cachés puisque malgré les plaintes continuelles des salariés du Public, chaque famille de France souhaite faire entrer ses enfants dans l’Administration pour y trouver « une bonne place »…

    J’ai une certaine idée de ce peut être une « bonne place ». C’est celle où l’on se trouve quand on se sent bien dans sa peau.

    J’ai un beau-frère qui gagne un pognon fou en tant que plombier-chauffagiste. Sans doute bien plus que vous, c’est-à-dire beaucoup plus que moi, et j’en suis très heureux pour lui.
    Je dois vous dire que ce garçon, un peu plus jeune que moi et à l’esprit très vif néanmoins ;c), a commencé comme apprenti électricien dans une boutique de la rue de Bourgogne lorsqu’il y avait encore en ville des marchands de télé, frigos, etc.

    Plus tard les grandes surfaces ayant fait disparaître les petites boutiques artisanales, il a appris « sur le tas » la plomberie qu’il a pratiquée durant une dizaine d’années dans le privé.

    Puis, il a eu l’occasion d’entrer à la SEMTAO du temps du premier mandat de Sueur. Habitué à travailler vite et bien dans le privé, il lui a fallu apprendre à le faire lentement, de crainte de se faire mal voir de ses collègues, et surtout sans poser de questions de crainte de se faire mal voir de sa direction.
    Ce qui ne l’empêchait pas d’observer puisqu’il avait comme je l’ai dit l’esprit vif.
    C’est ainsi qu’il releva certaines anomalies dans la rotation des bus et les facturations pour leur nettoyage. Il en fit part à qui de droit à l’époque et se trouva proprement viré quelques semaines après pour « faute grave »… Faute que le Tribunal des Prud’Hommes a annulée après un long procès, sept ans plus tard.
    La SEMTAO en tort et à bout d’arguments a craché tout ce qu’elle lui devait, mais les poursuites qu’il eut été normal qu’elle engageât envers l’escroquerie qu’il avait dénoncée étaient caduques. Les responsables n’étaient plus là… Le cochon de payant a encore été victime de son administration ! Je n’aimerais pas être dans la peau des ses responsables de l’époque.

    Mais ce fut une grande chance pour lui que d’avoir été viré. C’est ainsi que je l’ai encouragé à ouvrir sa propre entreprise et, comme je le disais plus haut, quinze ans après, il gagne aujourd’hui beaucoup plus d’argent que vous ou moi. Il n’a pourtant que son certificat d’études, mais beaucoup mieux qu’ingénieur, il est ingénieux !

    Dois-je le classer parmi les manuels ? parmi les infâmes patrons exploiteurs ? parmi les intellectuels ?
    Rien de tout cela. C’est juste un type super et intelligent que l’administration a bien failli encroûter.
    Je n’emploie pas de mots à la légère, je sais de quoi je parle.

    Il ne s’agit donc pas d’opposer les intellectuels aux manuels ou réciproquement, ni même de leur coller telle ou telle étiquette aussi trompeuse que trop souvent imméritée. Il s’agit de reconnaître et comparer les privilèges des uns et des autres travaillant pour une administration, et ceux des mêmes catégories travaillant dans le privé.

    La discussion de départ était bien celle-là non ? On parlait des privilèges des profs d’Université. Pourquoi a-t-on dévié sur intellectuels ou non-intellectuels ?

  35. Bernard Bonnejean dit :

    LU DANS LA PRESSE CE MATIN
    (un clin d’oeil de NOS aïeux ?)

    Les Compagnons du devoir ouvrent leurs portes ce week-end au Petit-Montron (un quartier de Laval). Rencontre avec l’un d’eux.
    Portrait

    Fin mars, Bourbonnais reprendra son baluchon, direction Lorient, au pays du granit. « Je fais le tour de France depuis trois ans comme apprenti maçon. » Jean-Bernard Rebours, dit Bourbonnais (du nom de sa province) est un solide gaillard aux semelles de vent. Toujours sur la route depuis trois ans.

    Après Mâcon, Colmar, Saint-Etienne, Toulouse et Nice, il est arrivé à Laval en septembre. « On apprend beaucoup à voyager, à rencontrer les autres. » Et tant pis pour la famille qu’il ne voit qu’aux vacances. Et pas de petite amie. « On verra plus tard. Pour l’instant je veux profiter de cette expérience. »

    À Laval, il travaille avec l’entreprise GTB (Grand travaux de Bretagne) à la construction de la future gendarmerie, à côté de la polyclinique. Pas un peu fier de faire partie d’une élite ? « Non, je suis un ouvrier comme les autres. Et j’ai encore beaucoup de choses à apprendre. »

    D’ailleurs, le jeune homme n’est pas encore compagnon. « Je dois réaliser mon chef-d’oeuvre avant d’être adopté. Pour l’instant je vais continuer à voyager. Après Lorient, je veux partir en Australie, pour voir un pays différent de la France. »

    Jean-François VALLÉE.
    Ouest-France

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