Démocratie participative et marketing politique (1)

Comme promis, mais avec un léger retard sur le timing prévu (les soutenances de thèses passent, le surmenage demeure), je reviens vous faire part de quelques réflexions sur l’action municipale orléanaise. Par delà les questions d’actualité « brûlante » type rue des Carmes, grand équipement sportif, etc, sur lesquels il y aura des choses  à dire, je souhaite faire le point sur une thématique moins conjoncturelle, mais qui m’apparaît très importante pour la physionomie et la conduite du mandat en court : la question de la place des citoyens dans la vie de la cité et la prise de décision publique. 

Puisque c’est une affaire importante et que je ne sais pas faire court (sinon je ne serai pas universitaire), je vous propose une réflexion en plusieurs temps. Je privilégierai d’abord des questions de forme (le vocabulaire retenu, la procédure suivie), avant de m’attacher au fond.

Depuis l’été dernier, la ville est engagée dans un processus de réforme de ses instances de consultation citoyenne. En clair, il s’agit de réécrire en partie la « charte de la démocratie locale », transformée, pour les besoins de la cause, en « charte de la participation citoyenne », afin d’y consigner le nouveau mode de fonctionnement des conseils consultatifs de quartier et d’y inclure deux nouveaux organes voulus par le maire, le forum citoyen et la maison des associations.

            Ce texte étant actuellement en cours de négociations, en vue de sa présentation, lors du dernier conseil municipal de l’année 2008 programmé le 19 décembre prochain, je ne m’exprimerai pas sur le fond de nouvelles dispositions non encore actées mais sur la forme du projet qui, volontairement ou involontairement, me semble relever d’une entreprise de sortie du politique.

            En premier lieu, les mots ayant leur importance, on ne peut qu’être frappé par le glissement sémantique qui a transformé d’un coup de baguette magique une « charte de la démocratie locale » en « charte de la participation citoyenne ». Pour ne pas alourdir mon propos à l’excès, je ne gloserai pas « charte » et vous n’aurez donc droit ni à un exposé sentencieux sur la charte de Lorris en Gâtinais ni à des remarques acerbes sur la Restauration et la charte octroyée de ce vieux chafouin de Louis XVIII. Sacrés veinards !

            En revanche, la métamorphose de la démocratie locale en participation citoyenne ne me parait pas devoir être passée sous silence car elle constitue l’archétype même de la fausse bonne idée. On sent bien ce qui est suggéré par ce changement de vocable : la démocratie locale, c’est un truc technique qui regarde les notables du coin, en clair les élus, alors que la participation citoyenne, c’est sympa et ça concerne tout le monde. En clair, l’évolution irait dans le sens d’un élargissement quantitatif des membres du club. Le problème, c’est que j’ai un peu peur que cet élargissement quantitatif ne s’accompagne d’une sérieuse déperdition qualitative par amenuisement, voire disparition totale de l’objet visé. Puisque, en gros, on troque un cadre connu contre un processus incertain. Je m’explique. La démocratie, même locale, on voit ce que c’est : c’est l’exercice du pouvoir par le peuple. Et ça suppose un minimum d’organisation institutionnelle. Après, on peut discuter, raffiner, entre démocratie représentative et démocratie directe. Mais l’essentiel est là : la démocratie désigne l’appropriation de sa destinée politique par une communauté donnée, et donc des modalités de prise de décision collective. En revanche la participation, même citoyenne, ne renvoie à rien de précis, sinon, à une action (l’action de participer) et à un fait (le fait de participer). A quoi propose-t-on aux citoyens de participer ? Aux frais ? A un happening municipal ? A un scrutin ? A une concertation ? A la prise de décision ? Certes, comme le disait le baron de Coubertin, l’essentiel est de participer. Mais il serait dommage que cette participation se réduise à n’être qu’une participation de témoignage, une participation pour dire « on participe », une participation pour de faux.

            Vous allez me dire que j’exagère, que je suis suspicieuse à l’excès, que je prends pour des intentions subtiles ce qui n’est que de l’affichage. Mouais. Relisons Rosanvallon. Ceux qui ont proposé de renommer la charte l’ont lu à coup sûr. Convenons avec lui que nous sommes entrés dans l’âge de la défiance démocratique. Mais le constat que fait cet auteur débouche sur des propositions qui vont très au-delà d’une simple « participation » : lui parle d’empêchement, de surveillance, de censure, et même de jugement des élus par les citoyens, dans un registre qui relève à la fois de la confrontation politique et du débat juridictionnel. A côté de ces notions, la participation est un concept mou, facilement consensuel et peu apte à supporter de véritables contre propositions citoyennes, voire un authentique « contre pouvoir » citoyen, toujours pour reprendre le vocabulaire de Rosanvallon.

A nous de lui donner du sens.

 

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3 réponses à Démocratie participative et marketing politique (1)

  1. minijack dit :

    Sur le fond, je ne peux vous donner tort et je souhaiterais, comme vous sans doute, davantage de réelle « participation » populaire à la décision finale…
    Pourtant, par expérience au cours de ces sept dernières années au sein du Comité de Pilotage du CCQ Bourgogne République, je ne peux que relativiser votre idéalisme…

    D’une part, si nous procédons à des élections, c’est pour mettre nos élus « en charge » de ces décisions. Et si j’ai soutenu la candidate Ségolène et sa « Démocratie Participative » c’était en grand partie pour cette idée neuve. Mais il faut se rendre à l’évidence, la Politique est trop souvent une affaire compliquée qui nécessite un relatif professionnalisme. Il y a trop de mesures et de contraintes administratives et légales à respecter, que la plupart des citoyens lambda ignorent généralement. Les décisions importantes ne peuvent donc être prises en dernier ressort qu’en petits comités maîtrisant les différents paramètres. Toute autre organisation du pouvoir populaire deviendrait vite ingérable en termes de temps et de formation nécessaires.
    (Et ça nous procure à tout le moins une bonne raison de râler lorsque leurs décisions ne correspondent pas à nos attentes. ;c) )

    Il n’en est pas moins très important de récolter les avis des principaux intéressés, les habitants citoyens et utilisateurs des équipements ou autres structures urbaines résultant de ces décisions.
    C’est en ce sens que je comprends la « participation » nécessaire. Elle ne peut être que « consultative » et en aucun cas délibératoire. Mais il faut qu’elle soit VRAIMENT consultative. Tout est là.
    J’attends donc impatiemment, comme vous, de voir fonctionner cette nouvelle organisation démocratique dans laquelle nous nous rencontrerons sans doute. Espérons que nous y serons plus souvent en accord qu’en opposition.

  2. Bonjour,

    j’aime beaucoup le titre de l’article … et l’article aussi , bien sûr .

    hop, un nouveau blog dans mon Reader !

    Je reviendrais.

    @ +

  3. CLT dit :

    Chic, chic, chic!

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