De l'utilité de l'opposition

Avant hier, dans un post un peu désabusé, j’évoquais ma déception et mes doutes quant à la pertinence du travail réalisé en commissions, tel, du moins, qu’il m’avait jusque là été donné d’en faire l’expérience. Dès lors, en effet, que ces fameuses commissions thématiques ne se réunissent que 48h avant la tenue du conseil municipal sensé en avaliser les propositions, il m’apparaissait clair que le délai était très insuffisant pour permettre une prise en compte réelle des discussions, des objections, des observations et des corrections éventuelles formulées par les conseillers lors de ces réunions soi-disant préparatoires.

Par ailleurs, une actualité récente m’avait également incité à émettre certaines réserves quant à l’objet même du conseil municipal, entre chambre d’enregistrement et scène de théâtre, certes propice à l’expression d’un discours compassionnel mais peu approprié à un vrai travail collaboratif.

En dehors de collaborations ponctuelles, entre conseillers municipaux de bonne volonté (il y en a dans la majorité comme dans l’opposition), ce n’est pas structurellement au sein de la mairie, dans des lieux de convergences institutionnelles, mais à l’extérieur de la scène municipale que le travail d’opposant – car c’est un véritable travail – trouve, par conséquent, le mieux à s’exprimer. J’en veux pour preuve deux exemples récents.

Le premier concerne la video du conseil municipal, mise en ligne dans la semaine qui a suivi celui-ci et dont la qualité, remarquable, mérite d’être soulignée. Il s’agissait là de l’une des propositions portées par la liste menée par JP Sueur lors des dernières élections. Elle avait été mise en oeuvre, de manière officieuse, par l’excellent Christophe Desportes-Guilloux, qui, avec des moyens techniques réduits et une abnégation démocratique totale, avait consacré une grande partie de son temps et de son énergie à mettre en ligne les videos qu’il avait effectués lors des conseils tenus depuis plusieurs mois, en les ordonnant thématiquement. C’est cet exemple vertueux qui a finalement été suivi par la mairie, ce dont tous les démocrates ne peuvent que se féliciter. Le coût en est d’ailleurs relativement modeste au regard du profit généré en termes de transparence politique (puisque, comme le souligne Pierre Rosanvallon, nous sommes arrivés à l’âge de la suspicion démocratique).

Le second exemple concerne les activités périscolaires (pardon, les « ateliers éducatifs », qui sont une sous-espèce de la catégorie « périscolaire », j’espère que vous saisissez la nuance, elle est d’importance). Ces ateliers , donc, semblaient voués à une disparition aussi progressive qu’inéluctable, compte tenu d’un démarrage toujours plus tardif d’année en année. Ainsi, en 2008, rien n’était prévu avant le 1er décembre. Je m’étais émue de cette situation, alors que la mairie, toujours prompte à communiquer sur Ses Merveilleuses Réalisations, était restée étrangement muette. L’affaire touche pourtant des milliers de familles, dont certaines, très modestes, comptent sur ces activités pour proposer à leurs enfants une offre culturelle, sportive, technique et artistique qu’elles ne peuvent ordinairement pas leur payer . La République du Centre s’était fait l’écho de cette émotion légitime, dans un billet signé Anne Marie Coursimault, qui se finissait sur ces mots : »A force de rogner [sur ces activités] les parents vont grogner ». Lors du conseil municipal du 26 septembre dernier, l’adjointe en charge du dossier, Mme Maréchal, avec sa courtoisie habituelle, m’avait répondu que ces activités seraient échelonnées (selon un calendrier mystérieux) et commenceraient « en octobre ». La République du Centre, dans son édition du 15 octobre, nous fournit enfin plus de précisions:

1) 21% (oui, 21%) des ateliers commenceront avant les vacances de la Toussaint (entre le 1er octobre et le 20 octobre). Ne me demandez pas pourquoi c’est 21% et pas 22 ou 19,5%

2) 64% commenceront à la mi-novembre

3) 15% au premier décembre

Il parait que ces ouvertures décalées sont liées à une sectorisation géographique de la ville, dont l’article ne dit pas grand chose. On aimerait d’ailleurs en savoir plus sur ce point, ainsi que sur les critères appliquées pour décider de ces dates d’ouverture. Gageons que ce décalage dans les ouvertures tient aussi à la volonté, incontestable, de réaliser des économies (le budget consacré à ces actions n’est pourtant que de 110 000 euros, ce qui est ridiculement peu, rapporté aux moyens d’une ville comme Orléans).

Surtout, je reste convaincue que cet échelonnement (qui n’était pas prévu au départ) doit beaucoup au fait que, comme le dit la Rép « l’opposition municipale a, dès la mi-septembre, critiqué le retardement des ateliers éducatifs dans un communiqué de presse intitulé « où sont passées les activités périscolaires dans les écoles publiques d’Orléans? » Avouons, dusse notre modestie en souffrir (et elle en souffre), que la signataire de ces lignes avait été à l’origine de ce communique de presse furibard.

Ce qui prouve que l’opposition sert à quelque chose

Et comme le dirait Boris Vian,

« Ce qui prouve qu’en protestant,

Quand il est encore temps,

On peut finir

Par obtenir

Des ménagements! »

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3 réponses à De l'utilité de l'opposition

  1. Esther dit :

    Voilà qui rassure ! L’opposition sert à quelque chose !
    Je m’interroge cependant, comme toi d’ailleurs certainement, non pas forcément sur l’échelonnement de l’ouverture de ces ateliers éducatifs, mais sur la sectorisation géographique. Les activités sont offertes dans une zone définie pour un laps de temps déterminé afin que tous puissent en profiter à un moment donné ou les activités sont définies en fonction des quartiers ? Si ce dernier cas est celui qui prévaut, les choix faits deviennent bigrement intéressants…

  2. Fansolo dit :

    21% échelonnés avant la toussaint. Pourquoi 21 ?

    Bah enfin Corinne ? Vous ne voyez donc pas ? C’est comme l’Agenda du même nom !

  3. fo0 dit :

    Ne soyez pas modeste dans le titre de cette article, utilisez ‘contre-pouvoir’ en lieu et place ‘d’opposition’, qui ne veut plus dire grand choses pour le public.

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